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10 février 2006

Mise en examen des porteurs de couche-culotte

                       Bb_adulte_2 Inconnu

Le gouvernement prépare actuellement un plan de prévention de la délinquance qui prône notamment, je cite : une détection très précoce des « troubles comportementaux » chez l’enfant, censés annoncer un parcours vers la délinquance.

Monsieur Nicolas Sarkozy avait notamment cité cette phrase (AFP 19 nov 2005) : "Ce n'est pas quand un adolescent de 15 ans est devenu un délinquant multirécidiviste qu'il faut commencer à se préoccuper de son cas. Il faut donc agir le plus tôt possible, en direction des enfants, mais aussi des parents, qu'il faut aider à exercer leurs responsabilités avant qu'ils ne soient totalement dépassés".

C'est ce que j'entends sous le terme de prévention. La formule en soi n'est pas contestable. Et comme il serait enfin plus constructif de ne pas continuer à négliger la prévention, la tolérant comme on accepte vaguement une cousine un peu utopique, mais surtout de ne pas opposer acteurs de la prévention à répression.

Dans un rapport remis à Nicolas Sarkozy, le député UMP Jacques-Alain Bénisti  jugeait "primordiale la période des trois premières années de la vie et des trois années suivantes".

Nicolas Sarkozy a reçu le soutien du syndicat des commissaires de police (SCHFPN)  Syndicat des Commissaires et Hauts Fonctionnaires de la Police Nationale qui proposait en septembre d'identifier les comportements précurseurs de la délinquance "dès la crèche, la maternelle ou l'école primaire". 

Pour justifier cette détection précoce, le ministère de l'Intérieur s'appuie sur une expertise collective de l'Inserm, parue en septembre, "Trouble des conduites chez l'enfant et l'adolescent".

L'Institut préconise "un examen de santé vers 36 mois" car à cet âge, on peut faire un  premier repérage d'un tempérament difficile, d'une hyperactivité et des premiers symptômes du trouble des conduites".

Les professionnels seraient invités à repérer les jeunes enfants -
je cite- présentant  "des traits de caractère tels que la froideur affective, la tendance à la manipulation, le cynisme » et la notion « d'héritabilité [génétique] du trouble des conduites». Le rapport insiste sur le dépistage à 36 mois des signes  suivants : «indocilité, hétéroagressivité, faible contrôle émotionnel, impulsivité, indice de moralité bas», etc.


Je me demande, à part  l'INSERM, qui a été sollicité, outre cette idée surréaliste du Syndicat des Commissaires, le SCHFPN -dont la compétence, en matière de développement de l'enfant ne me semble pas aller de soi- et je ne doute pas qu'ils m'excuseront d'émettre cette réserve, - mais enfin, pour aller imaginer qu'on puisse effectuer un repérage de signes prédicteurs de délinquance chez des enfants d'environ 36 mois......Messieurs les commissaires, allons, allons, je ne souhaite pas, -reprenant vos termes- tester votre niveau de contrôle émotionnel, mais j'ai le regret de vous dire que votre idée relève plutôt, hélas, de l'enfantillage le plus primaire.

J'aimerais beaucoup que Nicolas Sarkozy et Jacques-Alain Bénisti, et, surtout, les rédacteurs parmi les commissaires du SCHFPN viennent et jouent le jeu, de regarder mais pas seulement, de vivre avec des enfants de 36 mois, dans un contexte de collectivité, sans l'enjeu affectif que chaque parent peut avoir avoir sa progéniture, et qu'ils prennent surtout la peine d'écouter des professionnels leur expliquer comment ça "marche", un enfant de 36 mois (et même de 5 à 6 ans). In vivo avec analyse de situation. Formation gratuite, repas inclus. Si, si...


Pour reprendre la phrase "A cet âge, on peut faire un premier repérage d'un tempérament difficile, d'une hyperactivité et des premiers symptômes du trouble des conduites" :
Non. On ne peut pas "faire un premier repérage d'un tempérament difficile, d'une hyperactivité et des premiers symptômes du trouble des conduites"à cet âge. Pas plus d'ailleurs de 3 à 6 ans.

Parce qu'on a toutes les chances de prendre une colère très normale pour un signe de pathologie, parce qu'on a toutes les chances d'interpréter une agressivité saine pour un symptôme précurseur d'on ne sait quelle délinquance en germe. Parce qu'un enfant de ces âges a pour constant travail d'apprendre à être en relation avec ses pairs, le monde, ses règles et qu'il lui faut quelques années pour en percevoir les nuances.
Tout le monde n'est pas Einstein.
D'ailleurs, Albert était indocile, caractériel, insolent, indolent, détonnant, solitaire,  et n'a pas parlé avant l'âge de 4 ans..... Il a échappé à l'étiquette "enfant au comportement prédicteur de délinquance : à suivre de près". Ouf..

Donc, non on ne peut pas faire un premier repérage. Le meilleur moyen d'aider un enfant à "bien" grandir est de vivre avec, non de le guetter comme on traque une mauvaise graine dans le jardin.

La "notion d'héritabilité -génétique- du trouble des conduites" : j'aime assez la formule, qui ne sent pas très bon, entre la sur-médicalisation dont les américains sont friands, endormant ainsi le symptôme sans en décoder le sens, préférant calfeutrer leur désarroi en créant une terminologie nouvelle de pseudo-pathologies qui dédouanent tout le monde.
J'aime encore moins le -génétique- qui vient se glisser insidieusement dans cette phrase déjà douteuse tant elle est lourde de déterminisme.


La "froideur affective" qu'est-ce à dire : le silence ? la réserve ou la timidité ? Ne pas rire au bon moment estimé par autrui ? Un manque d'expansion comparativement à d'autres enfants du même âge ? Ne pas vouloir faire un bisou ? Ne pas aimer être serré dans les bras ? Rester lèvres fermées devant un inconnu ? Ne pas se mettre à pleurer lorsque l'enfant est réprimandé par l'adulte ?
Comment évaluer la réserve d'un enfant qui ne fait qu'imiter un caractère pudique parental ? Certains ont l'éloquence facile, le contact social inné, par éducation, par tempérament. D'autres moins.
Comment interpréter un ou deux signes sans tenir compte d'une foule de menus facteurs qui, pour l'enfant, sont essentiels ?

"L'indocilité", est-ce que c'est dire "non" quand on dit : à table ? Est-ce que c'est refuser d'aller faire la sieste quand un enfant n'a qu'une envie, même épuisé, c'est de jouer  ? Est-ce que c'est contraindre l'adulte, parent ou professionnel, à dire et redire parfois la même phrase ? Est-ce envoyer valser une assiette pleine de petits-pois carottes sur la tête du voisin ? Ou ne pas vouloir mettre son manteau pour aller jouer dans une cour ?

Souhaitons-nous éduquer nos enfants, ceux des autres, "vos" enfants, pour qu'ils deviennent "dociles" et obéissants à l'oeil et au doigt ?
Est-ce un citoyen docile que vous souhaitez façonner, modeler, ou un futur adulte volontaire, responsable, digne, libre de ses actes et de sa pensée, conscient et désireux de communiquer sans craindre d'inventer, d'entreprendre, sans se sentir marginal parce qu'il est original ?

Savez-vous qu'un enfant "docile" est précisément celui qui aurait tendance à nous faire souci ?

"Le faible contrôle émotionnel" ... Là, je suis perdue. Quand on voit des milliers d'adultes ne pas toujours avoir le contrôle de leurs émotions, quand tout enfant, quel que soit son âge, en est témoin constamment, à un feu rouge, dans un magasin, sur un marché, plus ou moins fortement à la maison, on attendrait d'un enfant de 3 ans qu'il ait un "bon" contrôle émotionnel ?

Un enfant qui enrage devant une frustration va parfois bien mieux qu'un enfant qui se laisse victimiser par un copain plus fort ou plus rapide.
Des deux, duquel direz-vous que son contrôle émotionnel est faible ?

Un enfant qui pleure lorsque ses parents le quittent le matin, ou qui se roule par terre dans un couloir de métro bondé après une journée intense d'événements,  un enfant qui "répond" à l'adulte et le teste dans ses contradictions, parce que à 36 mois on est très fort pour cela et que c'est d'ailleurs un passage souhaitable, l'évaluerez-vous aussi comme ayant un faible contrôle émotionnel ?

"L'indice de moralité bas"... me laisse pantoise. Qui fixe la qualité et le degré de "moralité" ? Comment un enfant de 3 ans aurait-il une notion de ce qui est moral ou non ? Alors qu'il commence à acquérir la notion de ce qui est permis ou pas, et à se l'approprier, ce qui n'a rien à voir.

Alors qu'il se trouve face, souvent, à la contradiction même des adultes dans leurs différences de comportements.

Il est en pleine découverte de sa propre conscience, il croit parfois bien faire alors qu'il se fait gronder, parce que sa manière d'interpréter le code social est en pleine élaboration, alors qu'il n'a pas tous les mots pour le dire et qu'il n'a pas ni les moyens de sa politique, ni la politique de ses moyens.
Et l'on voudrait chiffrer, évaluer, tester son "indice de moralité" ?
Si un enfant semble ne pas avoir acquis une certaine valeur du bon et du mauvais pour lui et autrui, ce n'est certainement pas à 36 mois que nous pouvons le soupçonner, et difficilement entre 3 et 6 ans. Mais c'est surtout
avec les parents qu'il faut travailler cette notion, par des voies d'écoute et de constant travail, de la part de professionnels ayant cette compétence et à qui l'on donne les moyens de le faire.

Les groupes de paroles, le travail de reparentalisation, entre autres, ont cet objectif et ont des effets. A long terme. Parce que ce sont alors les parents eux-mêmes qui peuvent, sans jugement, faire le chemin qu'ils n'ont jamais parcouru.

Ignorer la complexité du processus normal et nécessaire de croissance d'un enfant en cherchant à ficher, à traquer, des signes qui n'auraient aucun sens autre que mettre un ordre public là où il n'a pas lieu d'être, c'est se tromper de cible, c'est dénier la raison d'être du terme prévention, de l'expression accompagnement des parents.

Isoler tels comportements ou telles attitudes de la connaissance des familles, ne pas réfléchir à la compétence et à la subjectivité de l'observateur, c'est risquer de produire des pathologies là où elles n'existent pas, et de rendre méfiantes et réfractaires les familles fragilisées dont beaucoup sont pourtant demandeuses d'un accompagnement éducatif, professionnel, pédagogique, social.

A défaut de pouvoir trouver une solution réelle, durable, donc en faisant l'économie d'un travail en amont, de prévention humaine, pas à pas, de parentalité et/ou de reparentalisation, avec les parents et les enfants qui sont en réelle difficulté, en s'appuyant sur les partenaires dont c'est le métier, ce projet semble étrangement vouloir formater l'enfant, tous les enfants, plutôt que de travailler avec et non contre l'adulte et son enfant.
Et ce n'est certainement pas le problème de la délinquance qui se règlera si vous prenez le chemin de ce projet, embourbé d'effets pervers.


Il semble que ce soit l'enfant ici, qui par un raccourci ressemblant à un aveu d'impuissance qui ne se dit pas, soit une cible si facile qu'il est considéré comme un adulte dont on exige avant l'heure qu'il se plie à la conformité d'un modèle.

La question qui peut se poser alors est de savoir qui serait le "Maître" Etalon de la docilité, du contrôle émotionnel, de l'hétéroagressivité, du degré de moralité etc....soit :  Qui serait donc le Mètre-Etalon de... l'humain en devenir.

Un certain nombre de personnes, parents, professionnels, citoyens, s'opposent à ce projet, et vous pouvez les rejoindre ICI.

09 février 2006

La morsure : prise de contact

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                                                          ©     Pierre Marcel

Jusqu'à 4 ans, l'enfant peut mordre l'autre :
- Par faim.. de relation,
- Par colère impossible à exprimer avec des mots qui seraient sans doute des insultes d'ailleurs,
- Pour trouver une limite face à lui..
(sans parler de la période des poussées dentaires)

La bouche sert à manger, à téter, à goûter, à tester. Elle sert à parler. Aussi.
Jusqu'à environ 4 ans, l'enfant est dans cet apprentissage de l'autonomie, mais aussi, par l'acquisition du langage, dans l'apprentissage du "dire" au lieu de "faire" sous le coup de la pulsion. Et ce n'est pas facile du tout. C'est pourquoi de temps à autre vous retrouvez la marque des dents du petit copain sur l'épaule ou le bras de votre enfant.

Ce n'est peut-être pas rassurant, mais en tant que parent, vous devez savoir tout de même qu'un jour probablement, ce sera sur la main ou la joue du voisin que l'on trouvera la marque d'une mâchoire d'un enfant...qui sera le votre.

N'oublions pas non plus le poids de la culture et des images qui circulent, par les actes ou les paroles des adultes :
- Hmmm..... Je vais te manger ! (le loup aussi dit cela, d'ailleurs).
C'est ainsi que l'on voit certains adultes prendre l'enfant, le serrer, l'embrasser au point que cela ressemble fortement à de l'appétit vorace...

Il y a aussi des expressions populaires : - Avoir la dent dure - avoir la dent longue - Etre sur les dents etc... et d'autres images plus orientées vers l'enfance :
- Elle est mignonne à croquer...
- Si je t'attrape, je te mords..
- Mange ton repas..parce que tu ne sais pas qui te mangera...
Sans parler de la petite souris qui passe après la perte des dents de lait.


Un enfant qui mord ne se sent pas bien. Parce qu'en général, il déclenche la réprimande de l'adulte, il se fait exclûre du groupe et de l'affection. Même s'il comprend la relation entre se faire gronder et le fait qu'il a mordu, il n'arrivera jamais à expliquer son geste, généralement très impulsif, ce qui le rassure encore moins.

L'enfant qui a été mordu ne se sent pas bien non plus, pour deux raisons : d'abord parce que la plupart du temps, il ne sait pas pourquoi il a été mordu, il ne comprend strictement rien à ce qui lui arrive -par exemple l'autre voulait le même jouet- et ensuite, tout simplement parce qu'il a mal.

Lorsque la morsure se passe à la crèche ou à la maison, c'est bien que l'adulte qui était présent lors de l'incident l'enfant le dise au parent. Parce que c'est un événement de la journée qui a laissé des traces, c'est le cas de le dire..
Mais c'est peu efficace, voire carrément inutile, que les parents en "repassent une couche" pour gronder leur enfant mordeur, des heures après. La plupart du temps, il ne se souvient plus de l'épisode et lorsqu'il s'en souvient, il est doublement désemparé de ne pas savoir l'expliquer, sans parler de la lourdeur de se faire gronder en décalé, par deux ou trois personnes différentes.

Sur le moment, l'adulte doit évidemment consoler l'enfant mordu. Il doit aussi rappeler très clairement à celui qui a mordu que c'est un acte inadmissible. La colère de l'enfant est acceptable, mais pas la réaction de planter ses canines dans la peau du voisin. L'enfant doit entendre cela.
Il doit entendre aussi que lorsqu'on est fâché, ou envieux, il faut alors le dire, mais avec des mots. La bouche sert, aussi, à cela.
Et celui qui a été victime de l'appétit vorace du copain doit également entendre ces mots.

La morsure : ça s'en vient et ça s'en va

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Parfois, l'on voit des parents mordre l'enfant qui a mordu. Ils disent en toute bonne foi  :

- C'est pour lui montrer que cela fait mal, comme ça il ne recommencera pas.

Comment voulez-vous que ça lui serve de leçon ? Il aura mal. C'est tout. Il aura mal autant au corps qu'à l'âme, de s'être fait mordre par un adulte qu'il admire ou qu'il aime.
Mais cela ne lui fera pas faire le chemin d'imaginer que lorsqu'il avait mordu le voisin, celui-ci en avait ressenti de la douleur.Parce que c'est une logique qui lui échappe.

- Oui mais ça marche...

Ca fonctionne certainement, comme un réflexe pavlovien. Sauf que si vous réagissez de la sorte, votre geste même autorise en quelque sorte l'enfant à mordre étant donné que vous le faites vous-même. Or c'est vous l'adulte et vous le modèle. Donc l'enfant a toutes les chances de retenir le message suivant : Quand on me mord, j'ai donc le droit de mordre à mon tour.

Cela peut sembler choquant pour les parents, mais l'âge dont nous parlons est une période d'adaptation à la socialisation, à apprendre à vivre avec les autres. C'est donc un moment durant lequel l'enfant apprend, lentement, à contrôler son agressivité, ce qui est difficile, et apprend en même temps à communiquer avec les autres, ce qui ne l'est pas moins.
Le passage de la morsure fait partie de cet apprentissage.

Il est arrivé que des parents entrent dans le bureau en demandant, scandalisés -on les comprend- : Qui est le mordeur ?
Ca ne sert à rien de faire de la délation. Et c'est dommageable pour l'enfant d'être étiqueté comme "mordeur" alors qu'il est mille autres choses, qui sont bien plus sympathiques.

Parce que la plupart du temps, vous constaterez que lorsque l'enfant, le votre, celui des autres, aura acquis suffisamment de vocabulaire, il utilisera sa bouche pour dire et ses dents pour croquer...la pomme. Mais la période du "bouffer l'autre" aura disparu.

Petite histoire : Un papa, de caractère plutôt réservé, un peu "sérieux" dans la vie, arrive un soir et apprend que sa fille s'est fait croquer la main. C'est la troisième fois en quelques semaines, et toujours par le même.
Nous lui expliquons tout ce qui précède, puis nous ajoutons -ce qui s'est avéré être le cas- que d'ici quelques temps, sa fille et le petit garçon qui semble vivement intéressé par la copine, deviendront les plus grands amis du monde.
                                     

Le père ne veut pas le savoir. Il accuse les professionnelles de manquer d'attention, qualifie la direction d'être bien trop laxiste, de ne pas savoir interdire et réprimander sérieusement, d'avoir un esprit post-soixante-huitard et j'en passe.
Il exige alors de rattraper nos carences en disant lui-même au petit garçon qui a mordu sa fille ce qu'il pense de cet acte et promet que ses paroles à lui seront bien plus efficaces.

Exceptionnellement, je vais chercher les deux enfants : la petite fille et le petit garçon.
Les deux enfants entrent, un peu étonnés, tranquilles. Ils se marrent tous les deux à propos d'on ne sait quoi. L'épisode a eu lieu le matin, il est 18h.
Le papa regarde le petit garçon, commence à lui dire : - Je ne suis pas du tout content que tu aies mordu ma fille.
Il vient de dire ces mots sur un ton d'une douceur inouïe. Mais surtout, il vient de s'entendre.
Alors il dit, bougonnant :
- Bon allez, ça va.. ! Au fond, je suis sûr que vous intervenez quand il le faut. Je ne peux pas le gronder moi, cet enfant, visiblement, il ne sait même plus de quoi je parle.

Des mois plus tard, lors d'une réunion de parents, c'est lui qui se lancera très spontanément pour faire un topo sur "la morsure chez les enfants"....

08 février 2006

Quand les mots réparent les maux

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A l'Araignée Gentille, le matin, les parents ont une marge de deux heures pour venir. Le soir, c'est 3 heures. De 10h30 à 15h30, les portes sont fermées pour permettre au train de faire son voyage. Après 10h30 c'est toujours difficile de raccrocher des wagons.. les activités ont commencé depuis deux heures, l'équipe est difficilement disponible pour faire de l'accueil.
Par contre, les parents peuvent téléphoner autant de fois qu'ils le veulent au cours de la journée.Ils peuvent aussi venir causer.

Les entretiens :

Les parents peuvent aussi, quand le besoin s'en fait sentir, venir dans le bureau parler d'une question plus précise ou sensible. Le fait que la direction ait une formation "psy" peut aider....
C'est ainsi que les couples peuvent trouver une solution à un désaccord, plus ou moins profond, ou que des mamans -ou des papas- peuvent exprimer une anxiété.
Une maman appelle le bureau "la salle des pleurs"..
Un papa a dit aussi  : "Le bureau... c'est le lieu des règlements de comptes :  la facture du mois comme les conflits d'adultes".

On peut venir dans le bureau pour boire un thé ou un café tout en se posant la question de savoir si l'enfant est mûr pour entrer à l'école maternelle.. Pour se demander s'il faut insister pour qu'il soit propre parce que la grand-mère fait des remarques aigres douces... pour s'inquiéter sur des crises de colères ou des peurs incompréhensibles, etc...

Le bureau est souvent un espace qui peut permettre au couple de régler un problème de fond, qui, au départ, semblait être un souci concernant leur enfant. La plupart du temps, le souci n'est juste qu'un "râté" dans la communication. Et le fait de le poser sur la table le résoud en grande partie.
La plupart du temps, un parent vient pour tenter de comprendre les raisons pour lesquelles son enfant pique des crises, ou se lève la nuit, ou est en opposition constante etc...
Il arrive, en parlant, qu'on s'aperçoive que l'arbre cache la forêt et que l'enfant n'est qu'un symptôme d'un dysfonctionnement, passager la plupart du temps.

Soit le couple diverge sur la manière d'appréhender l'enfant, sur les règles éducatives, et l'enfant tente alors -surtout entre 2 et 4 ans- de se glisser dans les failles, soit les parents ou l'un des deux, a du mal à poser des limites.

Il arrive également que les signes montrés par l'enfant soient l'expression d'un malaise difficile à évoquer ou même à percevoir dans le couple parental. Cela concerne alors davantage le couple d'adultes et leur relation que l'enfant lui-même.
Mais poser des mots aident souvent à y voir plus clair.
Les entretiens ne sont pas une thérapie. Cela ne veut pas dire que les effets, eux, ne soient pas thérapeutiques.

Souvent l'enfant a un comportement à la maison qui perturbe la relation. Il est invité à venir en parler avec la maman et ou le papa. Il se dit des choses très différentes et souvent constructives lorsqu'il y a un tiers qui fait médiation dans la relation.....

Il y a plusieurs années, L'ASE (Aide Sociale à l'Enfance) nous avait demandé d'accueillir une fratrie de quatre enfants, dans une problématique de maltraitance et d'inceste. L'aînée, malgré la législation, ne pouvant s'intégrer aux règles d'une école primaire en raison d'un comportement difficilement gérable, nous avons eu l'idée de faire appel à une institutrice à temps très partiel. Cela valorisait l'enfant, elle pouvait également apprendre à son rythme à se concentrer, à gérer ses angoisses tout en commençant à acquérir quelques rudiments de lecture, d'écriture.

Un matin, l'assistante sociale et l'éducatrice qui suivaient la famille au domicile sont venues pour faire le point. Quelle ne fut pas leur surprise de voir que nous étions dans le bureau, avec la maman des enfants..en train de jouer aux cartes !
C'est que nous avions appris, en bavardant, que la maman n'avait jamais "joué" : aux cartes, à la poupée. Il était grand temps de commencer.
Ceci ne veut pas dire que le problème fondamental de la maltraitance fut traité.
Mais au moins, et par ce travail,parce que c'en est un, il a été possible, peu à peu, de faire comprendre à la maman, qui un jour a été une petite fille, que ses enfants avaient droit de jouer, que le jeu est une nourriture au même titre que le repas du midi et du soir. Et quelques jouets ont pu, enfin, entrer dans le domicile familial.

06 février 2006

La vache !

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Il nous arrive de faire des journées à thème. Il y eut la journée "Rouge" : on s'habille en rouge, on mange du rouge (radis, tomates, cerises, choux rouge etc..).

Et puis nous avons fait la journée VACHE.

Oui, c'est spécial. Et nos vaches l'étaient tout autant, à se demander si l'on n'avait pas confondu avec des dalmatiens....

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En tout cas, il n'y eut aucune vacherie dans l'air. Ceux qui ne voulaient pas se déguiser étaient peu nombreux.

Il y a eu des habits de vache, les parents étaient bien entendu prévenus et plutôt hilares.

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Les éducatrices avaient même passé un temps fou à construire une vache presque grandeur nature.

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Ensuite il y a eu des histoires inventées de toute pièce sur la vie de la vache, le bonheur est dans le pré, des livres parlant de l'animal, sa vie, son oeuvre, sa fonction essentielle qui est de regarder les trains qui passent et ça va de soi, ses amours :

"Elle aimait un taureau
Qu'elle avait connu à Bilbao,
A la foire aux bestiaux,
Qu'il était chouette, qu'il était beau
C'était un chouette taureau costaud..
Olé !"

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Nous avons fait des tables rondes sur la vache dans tous ses états : parlé du veau et du taureau, du boeuf -mais pas de l'âne gris-, du fromage, du beurre, de la fermière et même de :
"C'est quoi cette bouteille de lait ?"             

05 février 2006

La vie d'un lieu

                                         Ameliegahete_poupee

L'Araignée Gentille n'a pas de "sections" : pas de petits, moyens, grands.
Le choix étant que petits et grands apprennent à vivre ensemble, à ne pas se marcher dessus au sens propre et figuré.
Les petits peuvent êtres stimulés par les aînés, avoir envie de faire comme eux, de grandir, et les aînés peuvent appréhender des notions comme : patienter, aider, faire attention.

Si une éducatrice a envie de faire un gâteau ou de la peinture, celui ou celle qui en a envie peut participer.
Il se peut que l'enfant de 14 mois mette alors une coquille d'oeuf dans le saladier, ou s'il s'agit de peinture, qu'il aille davantage colorier la table que la page blanche, mais chacun trouvera le plaisir qui est celui de sa maturité.
Et à côtoyer les plus grands, les petits apprendront par mimétisme et désir, comment manipuler les objets et les mots.
Quant aux plus grands, ils ont constamment l'assurance de pouvoir montrer leurs talents, d'exercer leur savoir, ou bien, si le jour ou l'humeur ou la période de leur croissance l'exige, ils sentent qu'ils peuvent, un moment, redevenir "petits" grands.
De la même manière que dans une famille, les uns et les autres se côtoient, se croisent, échangent.
Pour la même raison, il n'y a pas de "référent".
On n'aime pas tout le monde, tout de suite. D'ailleurs, on est pas là pour.. s'aimer.
Lorsqu'on est par exemple dans la rue, dans une soirée, des visages nous sont sympathiques d'emblée.Ou pas. Et on ne saurait dire pourquoi.
Le fait d'être professionnelle, diplômée, ne confère pas une différence à cet égard.
De même que l'enfant, lui aussi, n'aime pas immédiatement.
Nous avons tous besoin d'apprivoiser et d'être apprivoisés.
Le fait qu'il n'y ait pas de référent, pas de personne particulièrement responsable de tel ou tel enfant, permet à tous de se choisir. Selon les activités, les sensibilités, les besoins, les moments de la journée.
Des enfants, pendant un temps, iront vers une éducatrice parce qu'elle est brune comme leur maman -peut-être-, ou à cause d'un regard, ou d'une voix.
Certains préfèreront une telle pour sa manière de rire, une autre pour sa façon de chanter ou de raconter une histoire, une autre pour la manière de câliner.
Du côté des professionnelles, ce choix aide l'équipe entière, à avoir une connaissance non statique et plus riche de chaque enfant, puisque celui-ci peut déployer ses victoires, ses dons, ses difficultés, et être différent avec les uns et les autres. 
Il peut y avoir 15 enfants autour d'un adulte, 3 ou 4 avec une autre, etc....
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Un lieu de vie

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L'Araignée Gentille est un lieu d'accueil pour enfants.
Administrativement, c'est une halte-garderie, les arcanes de l'administration étant impénétrables.
En effet, ce lieu n'est pas une halte-garderie : les enfants n'y font pas halte et la vie du lieu n'a rien à voir avec de la "garde".
Plus sérieusement, nous ne recevons pas les enfants à l'heure ou en demi-journée, pour des raisons liées au choix pédagogique et parce que dès
ces débuts, la demande des usagers était un accueil au long d'une journée entière.
Ce n'est pas non plus une crèche au sens classique : pas de nourrissons etc..

Le décret sur les structures innovantes n'ayant jamais vu le jour à l'époque, l'Araignée Gentille est donc un lieu qui accueille des enfants de 10 mois à 4 ans -parfois plus dans certaines conditions-, selon un fonctionnement crèche puisque les enfants y viennent de 1 à 5 jours, régulièrement, sur une amplitude de 10 heures par jour.
44 enfants par jour. Huit à neuf éducatrices de Jeunes Enfants (E.J.E), 2 femmes de service, 2 co-directeurs (à l'origine du lieu tel qu'il existe actuellement) qui se partagent 50 heures par semaine.
Cette année, l'Araignée Gentille fêtera ses 24 ans. Et parmi les premiers inscrits, il y avait par exemple, Elsa, qui a aujourd'hui 26 ans. La voici :
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Elsa a grandi à l'Araignée Gentille et l'a quittée à l'âge de 5 ans et demi.
Puis, un jour, elle y a amené son fils, Driss.    
                                                                     
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Driss va avoir 4 ans et vient d'entrer à l'école maternelle.
Il y a également Juliette... qui grandit aujourd'hui dans le lieu. Sa grande soeur est une jeune adulte, et puis la famille a fait sa route, et des années plus tard, la petite soeur est venue découvrir le même lieu. Voici Juliette :
                                           Juliette1
En plus de vingt ans, on revoit ainsi des jeunes adultes, qu'on ne reconnaît évidemment plus, qui se souviennent d'une scène, d'un prénom, d'un décor, et qui toujours reconnaissent nos visages.
Parfois, ils nous amènent à leur tour leur petit et ça fait des histoires.. de vie.

04 février 2006

Le doudou : Où va le doudou ?

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Le doudou à l'école

L'école maternelle, comme son nom l'indique, est un passage de vie entre la maison et l'école obligatoire.
Durant deux à quatre ans, l'enfant apprendra, à l'école maternelle, à grandir au milieu de sa génération. Il y apprendra à patienter, se réjouir, partager, à découvrir une foule de choses qui le passionneront.
Et grandir, suivre le rythme, c'est fatigant. Une bonne fatigue, certes, mais une fatigue. Sans le réconfort des parents, des bras, de la voix.

Alors, si, au moment de la sieste, l'enfant peut paisiblement se laisser aller au sommeil sans anxiété, avec un doudou collé au visage, dans le cou ou serré dans une main, il aura l'assurance qu'il peut parfois être encore petit, et cette promesse lui donnera des ailes pour avoir moins peur de devoir grandir.

Un jour, un copain perdra son doudou, un autre le délaissera volontairement et au fil des jours, les uns et les autres n'auront plus besoin de cette chose informe qui sera devenu inutile. Souvent, lorsque l'on ne sait plus bien deviner ce qu'était le doudou à l'origine, c'est l'annonce de la fin de son voyage....

Accepter l'enfant avec son doudou ne fait de tort à personne ni ne fera régresser l'enfant, bien au contraire.
L'école peut très bien expliquer aux enfants que le doudou est là, dans un petit sac ou sous l'oreiller, qu'il le retrouvera à la sieste.

Accepter l'enfant avec son doudou, c'est une manière de ne pas se démentir et de lui montrer que l'école porte bien son nom en se disant... maternelle.

                                                Biberon_tetine_et_hochet

La tétine

La tétine, le biberon pour certains, sont aussi des doudous.
On peut très bien, en douceur, sans aucune forme d'acharnement, expliquer à l'enfant que s'il parle la tétine en bouche, on ne peut pas communiquer. Tout simplement parce que ses mots sont incompréhensibles. La plupart du temps, on voit alors l'enfant retirer la tétine et se mettre à parler -même s'il reste incompréhensible parce qu'il maîtrise mal le langage. Mais peu peu, il comprend que parler, user de sa langue et de ses lèvres et en faire sortir des sons que les autres comprennent, est une autre forme de plaisir.

C'est ce constant va et vient, ce jeu, qui amènera l'enfant à découvrir un doudou particulier et universel qui le suivra toute sa vie : le langage. Voilà quelque chose que Françoise Dolto avait fort bien expliqué.
Parce que le langage est ce qui nous permet de rester attaché à l'autre -mots d'amour- de s'en détacher -mots d'explication ou de rupture -, de créer des liens, d'être en relation, d'affirmer ses choix et de nommer ses désirs.

                                                                         Doudouperdubon         

Doudou : durée de vie

Il y a des enfants qui abandonnent leur doudou à la faveur d'un oubli, d'une perte, d'un événement -déménagement, changement d'endroit, par exemple un lieu de vacances- au bout de deux à trois ans, et ce très spontanément.

D'autres tiennent à leur doudou comme à un bijou de famille -c'en est un si l'on y réfléchit bien puisqu'il provient des parents- et le dissimulent dans leur sac de voyage lors du départ en première classe de découverte. Certains ne veulent pas partir en classe verte avec les copains et finissent par avouer après mille prétextes plus extravagants les uns que les autres qu'ils craignent les moqueries au cas où les copains, la maîtresse, découvriraient l'objet. Et puis ils s'aperçoivent qu'un certain nombre, même à 7, 8 ou 9 ans, tiennent encore, comme eux, à s'endormir avec un bout de chiffon ou un poupon.

D'autres, des adolescents ou des adultes, ont encore un nounours, un mouchoir, soit visiblement exposé soit pudiquement dissimulé dans un coin de la table de nuit.
Il peut y avoir des tas de raisons pour lesquelles un doudou a une durée de vie plus longue qu'un autre. Et si sa fonction est celle d'une réparation affective... pourquoi pas...

Histoires de doudou :

Une couverture de 60 cm sur 1,20 m que l'enfant traînait chaque matin à la crèche. Trois ans plus tard, la petite fille est entrée à l'école maternelle avec un morceau équivalent à une écharpe, la couverture s'étant usée d'elle-même au fil du temps. Et c'était moins voyant.

Un tee-shirt, non lavé, portant l'odeur de la maman. Lavé tout de même de temps en temps grâce à ces ruses que seuls les parents savent inventer, et le doudou a fini par ressembler au bout de 2 ans à une sorte de charpie grisâtre mais incroyablement douce.

Une tétine oubliée chez les grands-parents un dimanche. Arrêt en pharmacie sur la route : sauf que l'objet n'avait pas la même forme et les lèvres, les dents, le palais de l'enfant ne s'y laissaient pas tromper. Le papa a pris la voiture et visité tout un quartier de paris en pleine nuit pour trouver une pharmacie de garde qui avait "la" tétine, la siamoise, la même.

Une taie d'oreiller de la maternité, qui accompagnera l'enfant durant quatre ans pour finir dans le caniveau, un soir d'hiver plein de colère, parce que sa maman ne voulait pas qu'il descende de la poussette pour traverser la rue tout seul . L'enfant n'a plus jamais réclamé le doudou et quelques jours plus tard, après une sorte de médiation à trois, l'enfant a appris à traverser la rue.

Des parents "pour" le doudou mais "contre" la tétine. Mais leur fille est admise en réanimation à l'âge de 2 mois, y restera 2 mois, puis une fois à la maison, sera malade de ci, de là, durant plusieurs années. En réanimation, pour des raisons techniques -nécesssité de la faire saliver en raison des sondes- un médecin lui donnera une tétine. Cette petite fille a gardé sa tétine jusqu'à l'âge de 7 ans, nullement gênée de l'utiliser quand bon lui semblait, même sous les regards narquois, ahuris ou très critiques de certains adultes. En primaire, elle allait en classe, faisait sa vie d'écolière et le soir elle récupérait l'objet et s'endormait avec, indifférente aux moqueries des copines. A 8 ans, elle l'a rangée sur une étagère. La tétine y est encore et la petite fille en a 18. Elle est capable de prendre une tétine dans sa bouche et de lui faire faire un tour de 360° avec la langue sous le regard ébahi des propriétaires de tétines qui tentent de réaliser cette prouesse. Elle a longtemps appelé sa tétine "mon doudou de survie".

Il n'y a pas de mal à se faire du bien lorsque cela ne fait de mal à personne.      

                                                                                     

03 février 2006

Le doudou : d'où vient le doudou ? A qui est ce doudou ?

                                        Ameliegahete_pierre1

"Toi ma p'tite folie, toi ma p'tite folie, mon p'tit grain de fantaisie"

Le doudou est un objet, un bout de tissu ou une partie du corps, qui permet à l'enfant de se consoler et se rassurer de l'absence ou de la séparation d'avec ses parents -de la maman pour les tout petits-.

Cela peut être également un chant, un mot, une voix. On parle d'objet transitionnel, ce qui veut dire que cette "chose" qui va rassurer l'enfant fait partie de ce qui l'entoure, n'est pas lui, ou il n'en sait rien encore, mais pour le tout petit, la distinction n'est pas encore réalisée. Ce "doudou" est donc une manière, aussi, de faire la transition entre l'enfant et le monde.

  "Donner c'est donner, reprendre c'est voler"
"Il a 2 ans, il va entrer à l'école maternelle, comment faire pour qu'il abandonne son doudou ?"

C'est "son" doudou. Un jour, vous lui avez donné un objet de substitution à votre présence. Pourquoi voudriez-vous lui retirer s'il n'est pas prêt à vivre sans et s'il manifeste encore parfois le besoin de se réconforter avec ?
En le lui donnant, vous vouliez l'aider et lui permettre de se rassurer lorsqu'il en ressentirait la nécessité.
Et cet acte bienveillant et protecteur, vous vous apprêtez à revenir dessus, en lui reprenant son doudou, au risque de provoquer l'anxiété que vous aviez tant voulu lui épargner ?

"Oui mais il a grandi depuis"

Vous avez raison. Il a grandi. Mais s'il a encore besoin de son doudou, c'est qu'il n'a pas grandi suffisamment. C'est que, peut-être, il a encore le droit d'être un grand "petit"...


"Je ne veux pas qu'il ait un doudou. Cela lui évitera d'être dépendant. En plus, si on le perd, ce sera une catastrophe".

Il n'y a aucune obligation à fournir un doudou à nos enfants. Simplement, un morceau de tissu qui porte l'odeur d'un corps familier, par exemple, rassure l'enfant lors de moment délicats à traverser : sommeil, changement de lieu, absence ou séparation, maladie, chagrin..
Certains parents veulent un matin que l'enfant quitte le doudou comme si cela l'empêchait de grandir. A moins qu'ils soient pressés, sans penser à mal, que cet enfant cesse un matin, d'être "petit".
Le fait d'avoir un doudou ne rend pas dépendant, le fait de ne pas en avoir alors qu'il serait si apaisant de le rendre possible peut, parfois, rendre la vie bien plus difficile à l'enfant.


"Il n'a jamais voulu de doudou. Est-ce bizarre ? Mais il suce son pouce"

Et bien voilà. En quelque sorte, il a trouvé un doudou naturel, et toujours à portée... de main.
Le pouce, une oreille, les cheveux, le bout du nez, un doigt frotté contre un autre, ou bien un vieux tee-shirt, un morceau de drap, une couverture, un foulard, une tétine...
Selon les coutumes familiales, selon les occasions imprévues de la vie et la sensibilité du petit, les "doudous" s'inventent. Mais chaque doudou permet à l'enfant de s'auto-materner.

                                                         Doudou3

Le doudou sert à supporter l'absence.

02 février 2006

Les règles sociales : famille, grands-parents, nounou, la lune, la terre

                                  Bilal1ameliegahete

Dans la maison, avec les parents, des règles sont établies, et puis selon l'affectif, la tension, l'intimité de la connaissance de l'autre, ces règles s'assouplissent ou se durcissent. Selon..
Chez les grands-parents, selon leur histoire, leur relation avec leurs propres enfants, leur caractère, la tolérance sera plus ou moins grande.
Il arrive fréquemment que l'on voit l'enfant tenter de réaliser un acte interdit ici parce qu'il est permis ailleurs, ou inversement. De quoi s'y perdre...

"Mais depuis quand on se sert tout seul dans le réfrigérateur?"
"Mamie, elle, elle veut bien"

C'est également une formidable occasion pour l'enfant d'appréhender la vie que de le laisser se confronter aux différents réglements et modes de vie.
Il peut et doit apprendre que, par exemple, chez ses parents il n'est pas permis de sauter sur la table basse du salon, mais que chez sa mamie cela lui est autorisé.

Aucun des deux n'a tort ou raison, chacun a simplement des habitudes et des tolérances particulières.
Toutes proportions raisonnables gardées, l'enfant doit savoir, par ses parents eux-mêmes, que nous sommes tous assujettis à des règles que nous ne pouvons pas contourner.

Les parents ont des règles à respecter dans l'entreprise, pour conduire une voiture il est obligatoire d'avoir un permis, on ne peut pas prendre un article dans un magasin si on ne l'achète pas, en Angleterre on roule à gauche alors qu'en France on roule à droite.
Des exemples compréhensibles peuvent informer l'enfant que petits et grands ont des devoirs ou des contraintes.
Un habitant de la cité digne de ce nom ne peut pas faire ce qui lui plaît et quand il cela lui convient.

Fais pas ci.. Fais pas ça...   (cause toujours)

                                      Attention

"Il est interdit de grimper sur les barrières"
"Oui mais moi je le fais, avec mon père"

Ici la question est un peu plus délicate. Mais à la crèche ou l'école, c'est la règle du professionnel qui prévaut. Pour plusieurs raisons : Ce sont des espaces qui signent la première séparation avec la vie en famille. Ce sont évidemment des lieux de conivialité, mais qui ont des règles qui ne sont pas celles de la maison, parce qu'il s'agit de faire vivre ensemble et en sécurité un grand nombre d'enfants, tout en leur communiquant un savoir et l'envie d'apprendre.

"Sa mamie, ma belle-mère, n'a pas du tout les mêmes règles éducatives que moi"


Soit les points d'opposition sont si opposés que vous pouvez essayer d'en parler ensemble, entre adultes, soit vous acceptez que votre enfant jouisse chez sa mamie de privilèges que vous ne lui accordez pas sous votre toit si ceux-ci ne viennent pas de manière grave contredire ou entraver le développement de votre enfant.

L'enfant, si on le lui explique clairement, peut très bien comprendre la différence de mode de vie ou d'éducation, de même qu'il peut très bien s'adapter à un lieu dont les lois diffèrent sensiblement d'un autre lieu de vie.