La morsure : ça s'en vient et ça s'en va
Parfois, l'on voit des parents mordre l'enfant qui a mordu. Ils disent en toute bonne foi :
- C'est pour lui montrer que cela fait mal, comme ça il ne recommencera pas.
Comment voulez-vous que ça lui serve de leçon ? Il aura mal. C'est tout. Il aura mal autant au corps qu'à l'âme, de s'être fait mordre par un adulte qu'il admire ou qu'il aime.
Mais cela ne lui fera pas faire le chemin d'imaginer que lorsqu'il avait mordu le voisin, celui-ci en avait ressenti de la douleur.Parce que c'est une logique qui lui échappe.
- Oui mais ça marche...
Ca fonctionne certainement, comme un réflexe pavlovien. Sauf que si vous réagissez de la sorte, votre geste même autorise en quelque sorte l'enfant à mordre étant donné que vous le faites vous-même. Or c'est vous l'adulte et vous le modèle. Donc l'enfant a toutes les chances de retenir le message suivant : Quand on me mord, j'ai donc le droit de mordre à mon tour.
Cela peut sembler choquant pour les parents, mais l'âge dont nous parlons est une période d'adaptation à la socialisation, à apprendre à vivre avec les autres. C'est donc un moment durant lequel l'enfant apprend, lentement, à contrôler son agressivité, ce qui est difficile, et apprend en même temps à communiquer avec les autres, ce qui ne l'est pas moins.
Le passage de la morsure fait partie de cet apprentissage.
Il est arrivé que des parents entrent dans le bureau en demandant, scandalisés -on les comprend- : Qui est le mordeur ?
Ca ne sert à rien de faire de la délation. Et c'est dommageable pour l'enfant d'être étiqueté comme "mordeur" alors qu'il est mille autres choses, qui sont bien plus sympathiques.
Parce que la plupart du temps, vous constaterez que lorsque l'enfant, le votre, celui des autres, aura acquis suffisamment de vocabulaire, il utilisera sa bouche pour dire et ses dents pour croquer...la pomme. Mais la période du "bouffer l'autre" aura disparu.
Petite histoire : Un papa, de caractère plutôt réservé, un peu "sérieux" dans la vie, arrive un soir et apprend que sa fille s'est fait croquer la main. C'est la troisième fois en quelques semaines, et toujours par le même.
Nous lui expliquons tout ce qui précède, puis nous ajoutons -ce qui s'est avéré être le cas- que d'ici quelques temps, sa fille et le petit garçon qui semble vivement intéressé par la copine, deviendront les plus grands amis du monde.
Le père ne veut pas le savoir. Il accuse les professionnelles de manquer d'attention, qualifie la direction d'être bien trop laxiste, de ne pas savoir interdire et réprimander sérieusement, d'avoir un esprit post-soixante-huitard et j'en passe.
Il exige alors de rattraper nos carences en disant lui-même au petit garçon qui a mordu sa fille ce qu'il pense de cet acte et promet que ses paroles à lui seront bien plus efficaces.
Exceptionnellement, je vais chercher les deux enfants : la petite fille et le petit garçon.
Les deux enfants entrent, un peu étonnés, tranquilles. Ils se marrent tous les deux à propos d'on ne sait quoi. L'épisode a eu lieu le matin, il est 18h.
Le papa regarde le petit garçon, commence à lui dire : - Je ne suis pas du tout content que tu aies mordu ma fille.
Il vient de dire ces mots sur un ton d'une douceur inouïe. Mais surtout, il vient de s'entendre.
Alors il dit, bougonnant :
- Bon allez, ça va.. ! Au fond, je suis sûr que vous intervenez quand il le faut. Je ne peux pas le gronder moi, cet enfant, visiblement, il ne sait même plus de quoi je parle.
Des mois plus tard, lors d'une réunion de parents, c'est lui qui se lancera très spontanément pour faire un topo sur "la morsure chez les enfants"....


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