La peur : sans les mots pour le dire
Joshb
Pierre a la varicelle. D'ailleurs ils ont tous la varicelle et puis ceux qui ne l'ont pas l'auront demain. Donc nous parlons varicelle.
Les parents de Pierre lui ont dit de ne pas se gratter, sinon il aura des croûtes et des petits trous. Ils ont raison les parents de Pierre. D'ailleurs, la plupart des parents ont donné le même conseil à leur petit.
Les éducatrices qui ont ici ou là une vieille cicatrice du grattage de varicelle les montrent aux enfants.
Mais voilà que Pierre n'est pas bien. Il pleure et c'est terrible. On regarde à droite à gauche. C'est un pleur de peur. Une éducatrice saisit petit à petit. Une croûte est tombée. Et Pierre tente vainement de la trouver, puis de se la recoller sur la peau. Alors elle parle à Pierre, qui se sentant compris, aquiesce, hoche la tête aux suggestions proposées, pleure éperdument tout d'abord d'angoisse et puis de soulagement.
La peur de Pierre tient à quelque chose qui, avec le vocabulaire qu'il a, ressemble à : - Si je perds les croûtes de ma varicelle, ça va faire des trous. Si ça fait des trous, où est-ce que je vais aller, moi ? Je vais être un grand trou, un grand rien, du vide ?
La peur est un sentiment qui colle à la peau dès le début de la vie. Il va falloir s'y faire. Parce que la vie est un risque à courir.
Plus sérieusement, de quoi nos enfants ont-ils peur ?
Les petits ont peur de la séparation, du vide, de l'abandon. C'est une forme de peur de la mort. On parle d'angoisse de morcellement.
Cette expression un peu complexe bien que je la trouve très imagée peut s'expliquer par un exemple que tout le monde connaît :
Un enfant qui se casse un poignet est plâtré. La plupart des parents peuvent constater que le jour où l'on déplâtrera le bras, l'enfant, parfois, n'utilisera pas ce membre spontanément. Comme s'il l'avait oublié du temps où il était plâtré.
L'on voit chez les petits des jeux qui illustrent très bien ces peurs. Ils cassent, montent et démontent des jeux, et répètent sans cesse le manège, empilant, faisant tomber, réempilant, faisant chuter.
Chez les enfants qui sont un peu plus grands et qui commencent à s'intéresser aux histoires de toilettes, quitter la couche ou pas, être "propre" ou non, cela devient plus délicat.
Beaucoup commencent à tester l'aventure, en balançant dans la cuvette des toilettes un légo. Pour voir. D'autres tirent la chasse à répétition. Certains, quand bien même leur corps est mûr pour ne plus avoir de couches, y tiennent encore parce que la tête ne suit pas.
Cela donne des questions telles que :
- Il va où mon caca ?
Il est arrivé, parfois, que certains enfants se tiennent le ventre, alors qu'ils ont envie d'aller aux toilettes. Ceux qui savent parler disent que peut-être tout va partir.
C'est très bête au fond. Mais pour eux, c'est très important. Peut-être qu'on peut perdre un morceau de soi, du corps.... Qui sait ?
On dit bien : Perdre la tête - Perdre ses dents - Donner la main (il va me la rendre si je la donne ?) -
Les peurs des enfants sont des manières de comprendre le monde, la vie, ou plus exactement d'appréhender sa propre vie et un certain nombre d'inconnues qui la traversent. Peut-être qu'une des premières aides que l'ont peut apporter à l'enfant qui a peur, est de ne pas avoir peur, pour lui, de sa peur, qui est "la sienne".
(à suivre...)



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