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20 avril 2006

Premier envol: de la crèche à la maternelle

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                                                                 Classe de maternelle

Voilà qu'ils ont deux ans ou deux ans et demi, souvent trois ans, et la fin d'année approche, ils vont quitter la crèche, dans laquelle ils ont vécu poura la plupart 2/3 de leur vie, pour entrer à l'école maternelle.
Ils sont tous très contents voire pressés d'y aller. Je parle évidemment des enfants.

Parce que leur truc aux enfants, c'est d'être grand le plus vite possible, grand comme la grande soeur ou le grand frère, et concernant ceux qui n'en ont pas, parce que le mot "Ecole" semble coloré d'un mystère fantastique.

La plupart d'entre eux savent qu'à l'école on apprend à lire et écrire, ça semble une espèce de monde magique dans lequel, une fois qu'on y a mis les pieds, on devient précisément "grand".

Il y a également un autre fait, qui est que père et mère savent lire et écrire. Iintuitivement mais aussi par observation, les enfants sentent que ces livres qu'on leur lit et qu'ils aiment à entendre, ils pourront à leur tour en tourner les pages en comprenant tout.

D'ailleurs, en fin de parcours à la crèche, souvent, on en surprend qui feuillettent les récits connus par coeur, en "lisant" à haute voix -en vrai ils récitent par coeur.
Selon la curiosité de l'enfant, la stimulation des uns et des autres, certains savent déjà écrire leur nom, les lettres, des chiffres. Et ils en redemandent.

Pour les parents, c'est un peu plus complexe. A dire vrai, c'est même, autant le dire ambivalent, paradoxal.
Ils ont envie évidemment que leur enfant entame le marathon de la vie, ils sont excités et par avance un peu émus de voir un petit bout encore avec doudou entrer dans une cour, avoir une maîtresse, des copains, et découvrir tout un monde, bien différent de celui de la crèche.
En même temps ils sont un peu anxieux.

Certains parents de l'Araignée Gentille, disent régulièrement au fil des années :
- Mince... On en viendrait presque à ne pas nous remercier d'avoir laissé la porte si ouverte à nos questions.. de pouvoir venir manger le midi, prendre un café, raconter nos petites affaires. Parce que là, tout d'un coup, la maternelle, ça va nous changer.

D'autres ont besoin d'exprimer un : - Si ça ne va pas à la maternelle, on revient oui ? On pourra ? Il y aura une place pour nous ?

Dans les deux cas, ces mots sont prononcés comme une sorte de formule magique pour conjurer la petite crainte. Mais au fond, la crainte de quoi ?

Passer de la crèche à la maternelle c'est commencer à se séparer du "nid", du cocon.
Pour les parents, c'est devoir accepter de ne pas tout voir ni tout savoir de ce que notre enfant a vécu dans le groupe, dans la classe, avec cette maîtresse qui parfois, peut être une sorte de rivale :
" C'est la maîtresse qui l'a dit..."
" La maîtresse elle dit que faut faire comme ça..."

C'est imaginer, fantasmer (le fantasme étant une construction de l'esprit), que l'enfant peut être malheureux, que le changement sera trop brusque, qu'il n'y aura pas autant de personnes pour s'en occuper, que ses besoins ne seront peut-être pas perçus aussi rapidement, aussi "bien".
C'est penser, vaguement, que peut-être la maîtresse sera trop occupée par le nombre, au détriment de notre enfant qui ça va de soi, est unique au monde. - Ce qui est vrai-.

A tort ou à raison, après la visite de l'école maternelle, certaines mamans sont effondrées. D'autres soulagées de sentir que leur appréhension était une montagne qui a accouché d'une souris :
- C'est triste. C'est sérieux ouh lala - Elle était aimable mais pas chaleureuse. Tout est trop bien rangé.
D'autres leur répondent :
- C'est super organisé - Il y a un projet d'école - La maîtresse de Julie est rigolote - Elle a l'air d'être sacrément calme- Moi j'ai bien aimé.
Certains disent :
- On ne pourra pas entrer dans les classes comme on veut, c'est quand même dommage. - Ils dorment dans un couloir -
D'autres diront :
- La sieste c'est dans la classe. Mais le doudou est permis - Elle me dit que si Maxime n'est pas complètement propre, il vaut mieux attendre janvier.

Des relations se sont créés à la crèche et si les parents habitent le même quartier, on voit des projets s'élaborer, c'est ainsi que parfois on sait que Lilou et Maxime se retrouveront dans la même classe de maternelle. Ca fait du bien.

Parfois, les anciens reviennent le mercredi. On les voit alors se reposer. Parce que le rythme scolaire, même en maternelle, est un peu plus scandé qu'à la crèche, parce que les sollicitations excitent et fatiguent. Alors retrouver la crèche le mercredi peut être un moment de coupure, de détente, voire de régression facile et sans danger.
D'autres reviennent le mercredi et l'on s'aperçoit rapidement qu'ils n'ont plus envie de se confronter à des "plus petits" qu'eux. Sans doute que cela leur rappelle leur petitesse d'avant.

Quoi qu'il en soit, ce qui est rassurant, et auquel on pense rarement, c'est que ces enfants qui étaient les "grands" de la crèche, vont devenir les "petits" de l'école.
Cela devrait apaiser un peu les parents.
Quant aux enfants, selon leur maturité, leur vivacité, ils seront emballés et enthousiastes par cette nouvelle promotion et ne s'apercevront pas forcément, -en tout cas à la maternelle-, que de "grands" ils sont passés dans le clan des "petits". D'ailleurs on dit la petite section, puis la moyenne et la grande.
Ils ne le sauront pas mais cela n'a guère d'importance : ils s'envolent un peu en pensant qu'ils ont grimpé d'un cran sur l'échelle de l'autonomie.
Et ils ont raison.