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24 octobre 2006

Chacun son lit, chacun son chemin

                                                             Chacun_son_lit

(suite et fin de la rencontre parents à Lille)

Un nouveau-né a besoin du corps maternant. Que ce soit celui de la maman ou du papa. Après être resté 9 mois dans la chaleur utérine, le portage, le bercement, le son, la chaleur, l'odeur, sont des repères aussi vitaux que l'alimentation, les deux constituant sa nourriture. Et durant les premiers mois, cette fusion lui est nécessaire, précisément pour pouvoir se séparer peu à peu en confiance.

Elle a huit mois et la nuit, elle me tète encore, ne veut pas que je la remette dans son lit, c'est un peu dur là. Dès que je fais mine de la recoucher dans son lit, elle réclame le sein. Je sens bien que ce n'est pas de la faim.

Voilà peut-être le signe que l'enfant nous prend pour une tétine géante et qu'il faut commencer à poser doucement un cadre. Afin qu'elle comprenne que la maman n'est pas un doudou qu'elle pourra emmener avec elle n'importe où, n'importe quand.

Peut-être peut-on donner à l'enfant une peluche, un tee-shirt, c'est-à-dire un objet qui fera transition au moment du coucher la nuit et expliquer à ce petit de 8 mois que ses parents sont là, mais que la nuit on dort. On se verra "demain". Dire à demain est important.
Les papa peuvent aider dans ces moments un peu délicats, en séparant l'enfant de la maman.

Il y a aussi les plus grands, qui viennent la nuit, soit se glissent en catimini dans le lit parental, soit lancent un : - J'ai peur, je peux dormir avec toi ?
Et on commence un ballet infernal qui peut durer des semaines ou des mois.

De manière très exceptionnelle, une maladie, un cauchemar affreux, une grosse fatigue, on peut évidemment accepter. Quel parent ne l'a pas fait ?
Parce que c'est difficile, en plein sommeil, d'être vigilant et de renvoyer l'enfant dans son lit.

Il hurle des heures durant, les voisins se plaignent alors je cède. Je n'en peux plus.

Les voisins se plaindront bien plus longtemps si vous ne mettez pas clairement les choses à leur place. Peut-être vaut-il mieux une semaine de rage pendant un moment puis une accalmie définitive, que des semaines de bataille.
Parce que les enfants entre 2 ans et 5 ans, environ, ont souvent des envies d'exception concernant le lit où dormir.
La culpabilité nous fait souvent prendre l'alibi des voisins pour céder à l'enfant, qui va alors prendre une habitude comme une évidence.

S'endormir seul dans son lit est souvent durant cette période de vie, un parcours du combattant, qui met tout le monde sous tension.
"Ce n'est pas juste : vous, papa et maman, vous dormez à deux. Moi, je suis tout seul".

La vie n'est pas juste. Mais l'enfant doit entendre que les enfants dorment dans leur lit, et les parents, qui sont des adultes, dans le leur.
C'est une logique de vie que l'enfant doit intégrer.

Vers deux ans, l'enfant n'est plus un nourrisson en symbiose avec ses parents. L'anxiété de la solitude et du noir de la chambre, plus une évolution normale, qu'on appelle l'oedipe, surgit, rendant les nuits difficiles.

Est-ce que les cauchemars sont vrais ?
Toutes les raisons invoquées par l'enfant pour dormir avec vous sont vraies. Nous pouvons tout à fait dire à l'enfant que nous le croyons, que nous le comprenons mais qu'il va s'endormir ou se rendormir dans son propre lit. Quitte à rester un instant près de lui en le prévenant que nous allons ensuite aller nous coucher aussi.

Voilà un bon moment que maintenant, soit c'est moi qui finis par aller dormir dans le lit de notre fille, soit c'est mon mari.
Vers 3 ans, souvent, l'enfant commence à se poser mille questions existentielles : pourquoi les larmes sont-elles salées ? Il pourrait aussi bien demander : que faites-vous, la nuit, toi et papa ?

Nous devons faire attention à préserver notre intimité de couple. A ne pas permettre à l'enfant de s'immiscer dans cette intimité, ce qui revient à séparer le père et la mère et à prendre la place de l'un ou de l'autre.
Parce que c'est une période de la vie où l'enfant admire autant le parent qu'il se sent son rival.
Si nous permettons qu'il prenne notre place dans le lit conjugual, d'une certaine manière nous lui accordons une position qui est trop lourde à porter.

Contrairement à ce que nous pouvons penser, mettre des limites fermes, mais sans colère, est le meilleur moyen de sécuriser l'enfant.
Ne pas lui permettre de dormir dans un contexte érotisé -la fille avec son père ou le garçon- c'est lui dire qu'il a le droit de vivre sa vie d'enfant.
La maman ou le papa qui se retrouverait à dormir dans le salon ou dans la chambre de l'enfant risque de rendre celui-ci tout puissant, de "prendre la place de".  Et même si du coup, l'enfant s'endort, c'est un calme temporaire qui va perturber son cheminement.

Nous pouvons, à froid, calmement, et à trois, en famille, parler à l'enfant, lui expliquer que lorsqu'il sera grand, adulte, il pourra à son tour, dormir avec quelqu'un qu'il aura choisi. Mais que les enfants dorment dans leur lit. Ceci peut être dit sans gravité, comme une décision, et avec humour pourquoi pas, quitte à trouver des petits moyens évoqués dans un autre texte : une lumière, un rite du coucher, une histoire, une chanson.
 
Et si l'habitude a été prise, vous pouvez toujours reconnaître votre erreur et expliquer à l'enfant que vous vous êtes trompés, que le laisser dormir chaque nuit avec vous est fatigant, illogique et que vous avez décidé que dès ce soir, chacun dormira dans son lit.
Ce ne sera pas aisé, tout comme changer d'habitude. Mais il sera finalement rassuré de voir que le couple parental ou le parent, garde sa place d'adulte et ne prend pas l'enfant pour un compagnon qui réchauffe le coeur et le corps.
Chacun son lit.. chacun son chemin.

17 octobre 2006

Les peurs... La nuit

Loup1

                       T'en fais pas mon p'tit loup, t'en fais pas, c'est la vie

La peur est liée à notre condition et n'a pas de frontières. Ici, lorsqu'ils ont des mots pour le dire un peu, les enfants ont peur des loups, ailleurs des tortues. Lorsqu'ils n'ont pas encore le langage, ils auront peur de l'ombre d'un rideau, de ce qui se passe la nuit sous leur lit ou dans le placard.

Les tout petits, entre 7 et 10 mois, peuvent avoir peur d'un visage étranger, d'un décor peu coutumier. Il s'agit de les aider, en restant avec eux et en les rassurant, à apprivoiser ces éléments nouveaux qu'ils découvrent.
Lorsqu'ils ne sont pas avec les parents, mais une nounou, un ami, une professionnelle, ils peuvent être pris de panique, pour un son, un changement de rythme ou un geste.
Sans faire de long discours, on peut reconnaître leur peur et leur en donner l'explication : - Tiens, tu as eu une frayeur, c'est le volet qui a claqué à cause du vent.

Nous pouvons facilement imaginer ce que la peur provoque. Parce que même adultes, nous avons aussi et encore des peurs irraisonnées.

Plus tard, vers 2 ans et demi-3 ans, l'enfant a des peurs plus intenses, souvent au moment de la nuit. On le voit d'ailleurs fort bien en crèche, ou même en maternelle, la sieste pouvant être une étape difficile. Parce qu'il s'agit de se laisser aller, sombrer dans le sommeil, sans la présence de celle et celui qui les contiennent le mieux : leurs parents.
C'est pourquoi la période d'adaptation à la collectivité, chez les petits, devrait être progressive, adaptée à chacun, la dernière étape étant l'accompagnement à la sieste.

                                                               Mme_pas_peurbon

Les rites du soir peuvent aider l'enfant. Un doudou, un biberon, une tétine (n'oublions pas que même s'ils ne le disent pas, certains de nos enfants ont encore besoin de ces "doudous" même en début de primaire !)
Une chanson, une histoire lue, de la musique, une lumière tamisée... de toutes petites attentions peuvent aider les enfants à se laisser emporter par le sommeil.
Certains n'ont pas envie de dormir. (la vie est trop courte !).
Il est bon de leur expliquer à quoi sert le sommeil, si possible sans s'énerver. Cela sert à se reposer de la journée et à prendre des forces pour celle du lendemain.
Leur dire aussi que même les adultes ont besoin de dormir.

Les cauchemars :
Faire un cauchemar entre 2 et 6-8 ans n'est pas anormal en soi. La plupart du temps, c'est l'expression d'une tension qui doit s'évacuer.
Or, lorsqu'on dort, on ne maîtrise plus rien et cette tension peut alors s'exprimer.
Quant aux enfants qui ont la nette impression que la chambre se transforme en jungle, avec des troupeaux de loups, des meutes d'araignées ou des tribus de "machins" qu'on ne peut pas identifier, peut-être faut-il apprendre à éviter les phrases qui ne rassurent que les adultes au fond, en disant :
- Il n'y a pas de loup.
ou :
- Mais regarde ! Tu vois bien qu'il n'y a rien !

Parce que c'est une bonne intention, mais l'enfant va l'entendre comme la négation de sa peur.
Il y a quelque chose.. en lui, qui lui fait bel et bien peur.

C'est bon de jouer avec les peurs. Un peu comme on aime, plus tard, et longtemps, jouer "à se faire peur". Nous avons tous connu les joies de ces petites terreurs.

Il y a une période de la vie où l'enfant comprend qu'il n'est pas "intégré" dans la bulle de la mère ou du père. Qu'il est "seul". Au monde. Comme nous le sommes tous. Parfois alors, les cauchemars sont une manière d'apprivoiser cette idée.

Il est aussi des cauchemars existentiels, l'enfant étant pris dans des désirs et des frustrations auxquels il ne peut donner de nom et qui sont antagonistes. Par exemple, aimer son papa, le prendre pour modèle tout en lui en voulant d'être l'élu de la maman... ça fait mal !

Loup2

"Est-ce qu'il y a des peurs qui n'en sont pas ? Par exemple, l'enfant dit qu'il a peur mais en fait, il cherche, tâte, utilise cet argument pour nous garder près de lui ?"

Oui, c'est possible. C'est d'autant plus possible si vous êtes pris dans l'engrenage de céder chaque fois qu'il veut dormir avec vous.
Parce que l'enfant en fait une habitude, un dû dont il aura du mal à accepter l'arrêt.

Mais il est bon de prendre les peurs au sérieux. De ne pas s'en moquer.

En rire n'est pas se moquer :
Certains parents vont aller regarder sous le lit, ouvrir grande l'armoire, jouer les chasseurs dans la chambre, sans exciter l'enfant mais pour dédramatiser la peur obscure.
C'est une manière de jouer avec les peurs.

D'autres vont expliquer à l'enfant qu'ils vont rester encore quelques minutes "juste pour une autre chanson" et qu'ensuite ils sortiront de la chambre. Et on se verra demain. Et laisser le couloir allumé ou installer une petite veilleuse dans la chambre, ou coller des étoiles fluorescentes au plafond.

On peut aussi essayer de faire raconter à l'enfant sa peur, ce qu'il a rêvé. S'il s'en souvient. Ou même le faire dessiner.

N'oublions pas que les contes de notre enfance, Barbe bleue, Peau d'âne, Le petit poucet etc... racontent en somme magnifiquement les peurs enfantines. En les lisant avec eux, en prenant le ton, en mimant des scènes, l'enfant se sentira non solitaire avec ses frayeurs, il pourra vaguement les identifier, surtout si c'est une personne affectivement importante qui l'accompagne dans cette aventure.
Jouer avec les peurs a du bon pour l'enfant.

Parce qu'au fond, le but, est de faire de nos peurs une force. Avoir peur mais surmonter la peur, c'est grandir, et devenir plus fort, plus assuré, donc plus confiant en soi comme dans le monde dont on fait partie.

16 octobre 2006

A table !

"Avant d'avoir des enfants, j'avais des principes. Maintenant, j'ai des enfants".

Boudeur

La rencontre du vendredi 6 octobre 2006 à Lille portait sur les différences de comportement de nos enfants, qui font que soit la mère, soit le père en arrive à se demander s'ils sont de bons parents.

Le premier sujet qui a spontanément été évoqué portait sur les repas.

- Il ne veut pas manger de "vert" -salade, haricots, courgettes etc...-
Certaines mamans se reconnaissent dans le portrait de celles qui, craignant que l'enfant ne se nourrisse pas correctement, en viennent alors à faire une omelette ou des frites à toute allure. Du moment qu'il mange.
Tout en sachant qu'un enfant ne se laisse jamais mourir de faim, la culpabilité joue sa carte et l'on voit alors des enfants qui très vite mais sans calcul, finissent par décider du menu du jour.

Un papa, séparé, raconte qu'il lui est arrivé de préparer, avec amour, un plat. Voilà qui lui a pris du temps, il en avait envie et en éprouvait une fierté anticipée.
Sauf que l'enfant n'a pas aimé, ou n'a pas voulu goûter.
Il n'y aurait qu'un pas à franchir pour culpabiliser l'enfant : -Quand je pense que j'ai passé une heure à cuisiner... !

Ce papa n'a pas réagi ainsi, mais combien d'entre nous le font ou l'ont fait ?

On peut imaginer que ce sont les parents qui décident du menu du jour, parfois avec en proposant à l'enfant s'il sait parler, mais en gardant à l'esprit que l'alimentation doit être variée et complète.
Ensuite, au moment où l'on passe à table, s'il y a des petits pois-carottes, garder à l'esprit que ce n'est pas l'enfant qui décide, soit lui accorder une position de toute puissance.
Il y a des petits pois carottes, il n'est pas obligé de les manger, mais il n'y aura pas de chantage consistant à se dépêcher de faire un menu particulier.
Ceci vous ferait entrer dans le "Mange pour me faire plaisir" - "Une cuillère pour papa, une autre pour maman".

Les repas ne devraient pas être un champ de bataille. L'enfant mange ou non le repas prévu et s'il ne le mange que partiellement, il finira par avoir de l'appétit le soir.
Au fur et à mesure, nos enfants comprennent alors fort bien que la maison n'est pas, au moment du repas, un restaurant libre service.

Une maman suggère de préparer des plats variés, des couleurs attrayantes. Tous les parents n'ont pas le temps et le don de préparer en permanence une table suggestive.
Mais l'idée en soi est bonne.

Expliquer pourquoi on ne peut pas manger des frites à chaque repas, conserver son choix de menu du jour, ne pas forcer l'enfant.

Un papa s'étonne que si l'enfant n'a pas mangé le menu principal, le dessert lui soit accordé. Oui mais....

Oisillons

Peut-être parce que la nourriture doit rester un plaisir et ne pas devenir un enjeu. Priver l'enfant de dessert s'il n'a pas mangé les petits pois carottes reviendrait à le punir, c'est-à-dire non seulement à le priver de ce qu'il aime, mais de plus à retourner la culpabilité vers l'enfant.

Eduquer un enfant ce n'est pas le soumettre. Mais ce n'est pas non plus lui céder si nous considérons que ce que nous faisons est bon pour lui et non malsain.
On peut considérer, sans passion ni colère, que le repas décidé ne sera pas modifié parce que nous sommes maîtres en notre maison.
Peut-être que demain.... au repas... il y aura... des frites !