Chacun son lit, chacun son chemin
(suite et fin de la rencontre parents à Lille)
Un nouveau-né a besoin du corps maternant. Que ce soit celui de la maman ou du papa. Après être resté 9 mois dans la chaleur utérine, le portage, le bercement, le son, la chaleur, l'odeur, sont des repères aussi vitaux que l'alimentation, les deux constituant sa nourriture. Et durant les premiers mois, cette fusion lui est nécessaire, précisément pour pouvoir se séparer peu à peu en confiance.
Elle a huit mois et la nuit, elle me tète encore, ne veut pas que je la remette dans son lit, c'est un peu dur là. Dès que je fais mine de la recoucher dans son lit, elle réclame le sein. Je sens bien que ce n'est pas de la faim.
Voilà peut-être le signe que l'enfant nous prend pour une tétine géante et qu'il faut commencer à poser doucement un cadre. Afin qu'elle comprenne que la maman n'est pas un doudou qu'elle pourra emmener avec elle n'importe où, n'importe quand.
Peut-être peut-on donner à l'enfant une peluche, un tee-shirt, c'est-à-dire un objet qui fera transition au moment du coucher la nuit et expliquer à ce petit de 8 mois que ses parents sont là, mais que la nuit on dort. On se verra "demain". Dire à demain est important.
Les papa peuvent aider dans ces moments un peu délicats, en séparant l'enfant de la maman.
Il y a aussi les plus grands, qui viennent la nuit, soit se glissent en catimini dans le lit parental, soit lancent un : - J'ai peur, je peux dormir avec toi ?
Et on commence un ballet infernal qui peut durer des semaines ou des mois.
De manière très exceptionnelle, une maladie, un cauchemar affreux, une grosse fatigue, on peut évidemment accepter. Quel parent ne l'a pas fait ?
Parce que c'est difficile, en plein sommeil, d'être vigilant et de renvoyer l'enfant dans son lit.
Il hurle des heures durant, les voisins se plaignent alors je cède. Je n'en peux plus.
Les voisins se plaindront bien plus longtemps si vous ne mettez pas clairement les choses à leur place. Peut-être vaut-il mieux une semaine de rage pendant un moment puis une accalmie définitive, que des semaines de bataille.
Parce que les enfants entre 2 ans et 5 ans, environ, ont souvent des envies d'exception concernant le lit où dormir.
La culpabilité nous fait souvent prendre l'alibi des voisins pour céder à l'enfant, qui va alors prendre une habitude comme une évidence.
S'endormir seul dans son lit est souvent durant cette période de vie, un parcours du combattant, qui met tout le monde sous tension.
"Ce n'est pas juste : vous, papa et maman, vous dormez à deux. Moi, je suis tout seul".
La vie n'est pas juste. Mais l'enfant doit entendre que les enfants dorment dans leur lit, et les parents, qui sont des adultes, dans le leur.
C'est une logique de vie que l'enfant doit intégrer.
Vers deux ans, l'enfant n'est plus un nourrisson en symbiose avec ses parents. L'anxiété de la solitude et du noir de la chambre, plus une évolution normale, qu'on appelle l'oedipe, surgit, rendant les nuits difficiles.
Est-ce que les cauchemars sont vrais ?
Toutes les raisons invoquées par l'enfant pour dormir avec vous sont vraies. Nous pouvons tout à fait dire à l'enfant que nous le croyons, que nous le comprenons mais qu'il va s'endormir ou se rendormir dans son propre lit. Quitte à rester un instant près de lui en le prévenant que nous allons ensuite aller nous coucher aussi.
Voilà un bon moment que maintenant, soit c'est moi qui finis par aller dormir dans le lit de notre fille, soit c'est mon mari.
Vers 3 ans, souvent, l'enfant commence à se poser mille questions existentielles : pourquoi les larmes sont-elles salées ? Il pourrait aussi bien demander : que faites-vous, la nuit, toi et papa ?
Nous devons faire attention à préserver notre intimité de couple. A ne pas permettre à l'enfant de s'immiscer dans cette intimité, ce qui revient à séparer le père et la mère et à prendre la place de l'un ou de l'autre.
Parce que c'est une période de la vie où l'enfant admire autant le parent qu'il se sent son rival.
Si nous permettons qu'il prenne notre place dans le lit conjugual, d'une certaine manière nous lui accordons une position qui est trop lourde à porter.
Contrairement à ce que nous pouvons penser, mettre des limites fermes, mais sans colère, est le meilleur moyen de sécuriser l'enfant.
Ne pas lui permettre de dormir dans un contexte érotisé -la fille avec son père ou le garçon- c'est lui dire qu'il a le droit de vivre sa vie d'enfant.
La maman ou le papa qui se retrouverait à dormir dans le salon ou dans la chambre de l'enfant risque de rendre celui-ci tout puissant, de "prendre la place de". Et même si du coup, l'enfant s'endort, c'est un calme temporaire qui va perturber son cheminement.
Nous pouvons, à froid, calmement, et à trois, en famille, parler à l'enfant, lui expliquer que lorsqu'il sera grand, adulte, il pourra à son tour, dormir avec quelqu'un qu'il aura choisi. Mais que les enfants dorment dans leur lit. Ceci peut être dit sans gravité, comme une décision, et avec humour pourquoi pas, quitte à trouver des petits moyens évoqués dans un autre texte : une lumière, un rite du coucher, une histoire, une chanson.
Et si l'habitude a été prise, vous pouvez toujours reconnaître votre erreur et expliquer à l'enfant que vous vous êtes trompés, que le laisser dormir chaque nuit avec vous est fatigant, illogique et que vous avez décidé que dès ce soir, chacun dormira dans son lit.
Ce ne sera pas aisé, tout comme changer d'habitude. Mais il sera finalement rassuré de voir que le couple parental ou le parent, garde sa place d'adulte et ne prend pas l'enfant pour un compagnon qui réchauffe le coeur et le corps.
Chacun son lit.. chacun son chemin.







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