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31 décembre 2006

Une crèche comme une autre

      (Le parisien)                                                Z_le_parisien_parentalite_amelie_gahete

07 décembre 2006

L'arène de France Stéphane Bern

                                                               Mensongebo20la20verite

J'ai été invitée, par voie de mail, à participer à l'émission de Stéphane Bern : L'Arène de France (cliquer sur sommaire), dont le thème était "Les parents ont-ils démissionné ?", émission qui est parue mercredi 6 décembre 2006 sur France 2.

Après cette invitation par mail, j'ai été contactée par deux ou trois personnes au cours de la même semaine, lesquelles avaient visiblement lu mon blog avec attention, ce qui les motivait à désirer ma participation. Je sais qu'entre autres, ils avaient pris lecture de ce texte.

Je dois avouer qu'après avoir eu deux expériences fort décevantes à la télévision, datant de plusieurs années, j'ai longuement hésité et en ai expliqué les raisons à mes interlocuteurs : soit l'animateur impose un diktat, allant jusqu'à suggérer ce qu'il veut entendre, soit c'est un savant montage ultérieur qui déforme et détourne certains propos de leur contexte, sans parler du fait que je n'ai pas un caractère à violer la parole d'autrui pour prendre la mienne.
Discuter oui, voire avec conviction et énergie, se battre, non.

J'ai alors été assurée que l'Arène de France ne me ferait vivre ni l'un ni l'autre. L'émission, je cite, étant enregistrée "dans les conditions du direct", ce qui signifie que l'intégralité des propos sont restitués lors du passage de l'émission à l'antenne, hormis peut-être quelques minutes pour le timing.
De même, il m'a été promis que chacun aurait un temps de parole quant à sa place sur le plateau,
quelqu'un me disant par ailleurs que de toute évidence, j'avais des choses pertinentes et passionnantes à faire partager.

Je me suis donc décidée à participer. Et une fois sur place, l'équipe, je dois le dire, charmante, a joué la carte du stimulateur, une fois dans un couloir, une autre fois dans la loge, m'expliquant que je ne devais surtout pas hésiter à prendre la parole, une bonne astuce consistant à m'imaginer dans un diner, au milieu de convives inconnus qui se lancent avec passion sur un sujet qui les divise, et que nul ne serait censuré. Soit.

L'on m'avait annoncé la liste des participants.
Pour celles et ceux qui l'ignorent, le principe de l'émission est de laisser deux "camps" débattre d'un
thème alors qu'ils ont des opinions opposées sur le sujet.
Une fois sur place, j'apprends que certains invités ont été remplacés, pour des raisons sans doute liées à des impossibilités de dernière minute.

Je crains juste un peu que la notoriété de ceux qui remplacent les absents leur confère un temps de parole non équitable, soit par sympathie de confrérie soit par aisance du média télévisuel. On me promet qu'il n'en sera rien.

Au moment de la présentation de l'émission passant mercredi 6 décembre sur Antenne 2, la voix de Stéphane Bern annonce :

Pour le "OUI, les parents ont démissionné" :
Natacha Polony  Journaliste - Enseignante -  Serge Hefez Psychanalyste - Olivier Damien Secrétaire général adjoint du Syndicat des commissaires de Police - Olivier Gautier Directeur d’internat ET Hugues Aufray Chanteur.

Puis Stéphane Bern annonce pour le "NON, les parents n'ont pas démissionné" :
Didier Pleux Psychiatre (en fait psychologue) - Hélène Franco Juge pour enfants à Bobigny - Caroline Tresca comédienne ET le journaliste Carl Zéro.

C'est bien la voix de Stéphane Bern qui énonce les participants. Et je suis surprise alors de n'entendre ni mon nom, ni mes qualifications, ce qui eut permis d'emblée de situer un tant soit peu, pour les téléspectateurs, qui est qui et au nom de quoi je m'autoriserais à parler.

Etonnamment, je n'entends pas non plus Stéphane Bern nommer la sociologue, Fabienne Messica -même si elle sera heureusement citée, ainsi que sa profession, au moment de son intervention.
Je commence à avoir un tout petit doute sur les promesses préalables effectuées.

Lors de l'enregistrement sur le plateau, Stéphane Bern m'avait demandé d'expliquer en quoi et comment l'on peut aider des parents en difficulté, quels sont les soucis des adultes en matière d'éducation, de quelle manière, au quotidien, il est réellement pratiqué un travail d'écoute, d'accompagnement et de prévention, autant auprès des parents, fort désireux d'ailleurs d'une aide en cas de besoin, que des enfants. J'avais entre autres, évoqué le travail de parentalisation et reparentalisation pour des parents en difficulté, disant que nombre de parents ont une honnêteté admirable en cherchant de l'aide et qu'ils ont souvent des ressources ignorées ou oubliées. La prévention est un travail de patience et de responsabilisation au long terme, et désarroi ne signifie pas démission.
Force m'est de constater en regardant la première partie du débat que toute cette partie a été purement et
simplement gommée, rayée, supprimée, typexée.

Si bien qu'en fin d'émission, lorsque le débat s'est orienté sur le fameux projet Inserm évoquant des moyens de prévenir la délinquance chez les enfants jusqu'à 6 ans, soit en crèche et maternelle, et que Stéphane Bern, pour intervenir sur le sujet, a offert la parole au Secrétaire du Syndicat des Commissaires, il n'était guère imaginable que ce monsieur, qui n'a certainement pas la compétence requise pour parler de la petite enfance, puisse parler de prévention et pire, de dépistage de la délinquance durant cette tranche d'âge. Ou alors nous mélangeons hardiment les fonctions des uns et des autres.

En quel cas nous pouvons changer de place, je prends un commissariat en main durant 48h et lui prend ma place auprès des éducateurs, des enfants et des parents, et je parie qu'il sera bien plus dépassé que je ne le serais à sa place. (Monsieur le Commissaire, je veux dire Secrétaire général adjoint du syndicat, ce n'est pas une invitation en l'air !).

Au cours de l'enregistrement et prise dans la dynamique de toute la discussion de l'enregistrement, qui évidemment n'apparaît plus lors du passage de l'émission à l'antenne, je semblais fort étonnée d'entendre ce commissaire prétendre être sur le terrain et recevoir des informations ou plaintes concernant des comportements de dérives.

C'est tout juste si Olivier Damien n'a pas prétendu avoir quelques compétences à revendre en matière de pédagogie prophylactique.
J'imagine que concernant les 0 à 3 ans, si les policiers du Commissaire Olivier Damien sont appelés à gérer le fait qu'un enfant ait pris 2 choco BN quand son parent l'avait autorisé à en manger un seul, ou faire appel à la maréchaussée pour un coup de pied dans le tibia, un légo lancé au travers d'une pièce, ou pour jouer au docteur et au malade dans une cour d'école, on est en droit de se demander ce que fait la "vraie" police.... Sauf si un petit de 4 ans a été arrêté en flagrant délit de vol de voiture ou de scooter, ce dont je me permets de douter.

Moyennant quoi, en effet, j'ai vu hier avec quelque effarement, ma personne quelque peu agacée, relevant textuellement des expressions du fameux rapport Inserm, qui a fait l'objet d'une réaction massive de professionnels entre autres, par une pétition ayant réuni presque 200.000 signatures, ne permettant pas à ce commissaire de parler de ce qui ne relève pas de sa compétence : l'apprentissage du vivre ensemble pour des petits jusqu'à 6 ans, le décodage de leurs émotions et réactions alors qu'ils sont en train d'apprendre à parler et à gérer leurs sentiments, qui parfois les dépassent, et le travail de prévention, et d'écoute des parents, y compris la distinction entre attitudes et réactions de la petite enfance et prémisses d'une délinquance.

Sauf que, n'ayant à aucun moment été présentée dans mes fonctions, pas même nommée par Stéphane Bern en début d'émission, et ayant assisté à la disparition intégrale de tout ce dont j'avais pu témoigner au cours de l'enregistrement, il va de soi que l'image donnée en toute fin d'émission a desservi la cause pour laquelle je venais, tout autant que ma personne, nul ne sachant en regardant l'émission de quelle légitimité je me prévalais pour parler ainsi puisqu'à aucun moment la présentation des invités n'en avait fait état.

Les interventions de la juge pour enfants et de la sociologue ont été partiellement amputées également. C'était d'ailleurs fort dommage tant leurs propos étaient intéressants et édifiants. Mais il semble que j'ai été particulièrement gâtée en matière de censure. Je ne trouve pas d'autre mot.

Décider de ne pas me présenter, de ne pas passer les explications et précisions que j'ai données sur ma profession et mon travail au quotidien, pour ne laisser que la partie spectaculaire en fin d'émission, m'apparaît comme de toute évidence délibéré et fort peu correct.

L'on pourra m'opposer qu'il a fallu recadrer le débat afin qu'il ne déborde pas sur le temps imparti à l'émission, en quel cas il n'était peut-être pas utile, si intéressant soit-il, de s'attarder sur la manière dont le directeur d'internat fait mettre une cravate à 7 h du matin à des élèves de 6ème, d'écouter Hugues Auffray nous évoquer son expérience de moniteur de colonie -certainement pas avec des enfants de 0 à 6 ans, activité qui ne témoigne en aucune manière d'un professionnalisme mais juste d'une expérience, ou s'étendre sur les exigences éducatives, dans leur propre domicile, d'untel et d'un autre.
Encore une fois, tous étant aussi charmants qu'ils soient, privilégier ces petits échanges éloignait le débat du sujet de fond censé être évoqué et qui le fut lors de l'enregistrement. Lorsqu'on monte les séquences d'une émission, ne peut-on faire un effort de reconnaissance des priorités ?

Petite remarque : seuls les messieurs ont été questionnés sur leurs méthodes éducatives à la maison.
La journaliste-enseignante Natacha Poloni ayant dit qu'elle n'était pas maman aurait eu quelque mal à répondre, ce qui ne l'empêcha pas de prétendre pouvoir être d'autant plus neutre, ce qui est somme toute amusant, comme l'illustre personnage qui prétendit, mais le concernant, avec humour: "Non monsieur je n'ai pas vu votre pièce, ce qui m'autorise d'autant mieux à la critiquer".

Il eut été préférable de ne pas couper au montage le débat de fond, et de manière élémentaire, de présenter, ne serait-ce que par respect, les intervenants en totalité, afin que dans une émission à vocation polémique, les spectateurs aient au moins, quelque chance, même vague, de pouvoir comprendre qui parlait à qui, de quoi et à quel titre.