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26 octobre 2007

Tu n'as rien à me dire. Tu n'es pas mon père.

Yucca3

Sur le thème de l'autorité, un papa, resté bien silencieux durant toute la rencontre, puis peu à peu mis en confiance, prend la parole.
Comme des milliers de familles, il a recomposé un couple, et vit aujourd'hui avec une femme qu'il aime et avec laquelle il a fait un petit garçon.
Dans la maison, vit également la grande soeur, fille biologique de la maman mais non de ce père.

Cette jeune personne est une pré-adolescente de douze ans. Et se posent aujourd'hui pour elle les questions de son identité, pré-adolescence oblige.
Le papa qui nous parle est timide, se dit pudique et le groupe est attentif et respectueux.
Il a bourlingué puis un jour s'est "assagi". Voilà que tout devrait aller bien dans cette famille.

Mais la jeune fille est en conflit ouvert avec lui. Aucune règle de la maison n'est respectée, chaque demande est sujette à des provocations, le vocabulaire de la pré-adolescente est irrecevable (inutile ici de reproduire des exemples, je laisse à chacune et chacun le soin de faire fonctionner son imagination).
Je demande à ce monsieur s'il considère cette adolescente comme son enfant. Très ému, il hésite longuement à répondre.

Puis sort la phrase fatidique, celle que nombre de pères -parfois mais plus rarement des mères- entendent de la part de certains enfants :
- Tu n'as rien à me dire. Tu n'es pas mon père.
Afin de laisser à ce papa, fort courageux d'être venu poser son souci devant témoins, je demande à tous :
- Qui est le vrai jardinier ? Celui qui plante la graine et puis un beau matin, va naviguer sur l'océan, ou celui qui découvre une plante, qu'il ne connaît pas, mais dont il prend soin au jour le jour ?

Une famille qui se reconstitue, quelle qu'en soit la raison, offre toujours, notamment au pré-adolescents ou adolescents, le motif de questionner ses parents, ou celui qui l'éduque, sur la déliaison, sur sa filiation aussi.

Le "vrai" parent, est-ce le géniteur qui a disparu ? Est-ce le parent juridique ? Est-ce le parent "social" ? Est-ce le parent qui cimente les liens au quotidien, nourrit, prend soin, aide aux devoirs, joue, rit avec l'enfant qui n'est pas de son sang ?
A la phrase, assassine et en même temps douloureuse de cette jeune fille : - Tu n'es pas mon père, tu n'as rien à me dire...  cet homme pensait jusqu'alors que c'était une phrase qui détenait un fond de vérité.

Il reconnaît, terriblement ému, que du coup, jamais il ne s'est autorisé à lui dire : - Je te considère comme ma fille. Je t'aime comme un père. Je te respecte et tu me dois le respect.
Le papa s'aperçoit qu'il n'a jamais dit : - Je t'aime.
Comme s'il n'en avait pas le droit. Parce que lui-même, aussi, n'a pas appris à le dire.
Ils ont donc bien des choses en commun.

Après réflexion, ce papa pense que s'il parvient à dire ces mots, ou à les écrire s'il n'arrive pas à les prononcer, il y a des chances que la pré-adolescente soit apaisée d'avoir trouvé un homme qui non seulement la reconnaît comme son enfant, mais qui s'engage à l'accompagner jusqu'à ce qu'elle devienne adulte.
N'importe quel contrat d'amour implique des devoirs, respectifs, envers l'autre. Mais aussi une sécurité, une promesse de non-abandon lorsqu'il s'agit d'un enfant,
probablement douloureuse d'avoir été "lâchée" par un père biologique.

Dans cette histoire fort touchante, on peut imaginer que la parole de cet homme permettra à la jeune fille, un jour, de côtoyer des garçons de son âge sans les débiter d'un jugement négatif ("tous pareils !").
L'enfant est une personne. Certes. Mais n'est une personne que s'il peut s'appuyer sur l'histoire des parents avec lesquels il vit, pour se construire.
Le père est souvent une pierre de touche, qui fonde les liens des membres d'une famille tout autant que la mère.

Et sur la demande générale, nous convenons de nous retrouver pour poursuivre cet échange sur la place de chacun au sein de la famille.

25 octobre 2007

Séparation.. mais pas tout de suite.. pas trop vite...

Separation_mais_pas_trop_vite_paren

Une jeune maman m'a appelée hier. Son fils entrait à l'école maternelle aujourd'hui. Elle lui avait fait le diner qu'il aime, avait préparé un bain, le pyjama était neuf.
Catastrophe.

- Le sac il est pas beau, il est nul j'en veux pas.

Diplomatie et discussion, le ton léger, les nerfs tendus.

- Pis j'irai pas à l'école, les copains sont trop tout neufs.
- C'est juste que tu ne les connais pas, mais eux non plus ne connaissent personne, tu sais.
- Je veux pas mettre les baskets, elles sont moches.
- Regarde, je t'ai trouvé des lacets rigolos.
Silence..

- Finalement, il est beau mon sac. Tu resteras avec moi un peu, pas longtemps mais un peu ?

Avant même que la maman ait pu l'assurer de sa présence, son fils lui dit :
- Non ! Tu me diras au revoir, j'irai tout seul !

La maman répond, surréaliste :
- Oh.. ben alors, on fera les deux !
Et l'enfant se marre.

A 23 heures, elle avait couché celui-ci depuis deux heures et demi et il dormait à poings fermés, il fallait faire une bonne nuit, demain comme ça tu seras en pleine forme pour l'école tu vas voir, c'est comme le parc de découverte. Le second, petit bébé de 4 mois, dormait déjà, pas pour longtemps. Elle repassait un pantalon d'écolier, une chemise d'écolier, mettait un petit tas de vêtements bien prêts, avait posé les bols sur la table pour le petit déjeuner.
Et me disait :
- Je suis fatiguée. Je me souviens de ma rentrée à moi. Je voudrais qu'il soit excité demain soir, fou de joie, énervé. Presque agaçant. S'il pleure je serai posée, s'il ne pleure pas je ferai une arabesque.

Beittelheim et d'autres ont parlé de ce que l'on appelle "le parent acceptable" ou "le parent suffisamment bon".
Lors de la première entrée à l'école, la plupart du temps la maternelle, ces expressions se révèlent incroyablement justes.
Ne pas s'énerver. Ne pas trop s'émouvoir. Ne pas le montrer. Etre rassurant.

Mais il y a aussi l'autre versant :
Avoir confiance en l'école. Ne pas regarder la maîtresse d'un oeil déjà critique et observateur. Ne pas lorgner les autres enfants et leurs parents avec un a priori qui ne demande qu'à exploser en refus d'emblée.

Tous sentiments et petites réflexions intérieures qui ne font que traduire des questions subtiles, anodines mais tellement importantes :
- Est-ce qu'il aura son doudou s'il en a besoin ?
- Les journées ne sont-elles pas trop longues ?
- La maîtresse va-t-elle comprendre aussi bien que moi son tic quand il a envie de pleurer et qu'il semble plutôt en colère, en tremblant de la fossette ?
-Est-ce que sa mamie pourra aller le chercher lorsque je vais me remettre à travailler, et s'occuper de lui jusqu'au retour 'comme si c'était moi' ?
Les grands-parents, s'ils ne se prennent pas pour des "je sais tout" peuvent être d'une aide fabuleuse.

- Comment une seule personne ou deux si elle a une aide, peut-elle s'occuper vraiment d'une vingtaine de petits qui n'ont jamais vraiment quitté leurs parents, même s'ils sont allés en crèche parce que tout de même, la crèche ce n'est pas du tout le même rythme ?

Au moment de la rentrée à l'école maternelle, comme le nom l'indique, être le parent acceptable ou suffisamment bon, c'est être la maman ou le papa qui au tréfonds de lui, accepte de laisser partir son enfant vers un autre horizon, sans vouloir le contraindre à être un modèle : de sagesse, d'intelligence, de propreté, de politesse.
C'est faire confiance, confier la prunelle de ses yeux, à une inconnue qui connaît son métier a priori, et va l'aider à découvrir ses curiosités, ses qualités, ses capacités.
S'appuyer sur des aînés, des grands-parents qui savent garder la bonne distance, une maîtresse qui a des outils qui ne sont pas les notres.

Accompagner son enfant vers le départ. Sans lui serrer trop fort la main pour qu'il ne sache pas s'il peut avoir envie d'y aller ou pour lui permettre de sentir qu'il a peur mais l'énorme curiosité de courir vers son destin. Puisqu'après tout, c'est au fond ce que tous les parents veulent pour leur enfant.