Tu n'as rien à me dire. Tu n'es pas mon père.
Sur le thème de l'autorité, un papa, resté bien silencieux durant toute la rencontre, puis peu à peu mis en confiance, prend la parole.
Comme des milliers de familles, il a recomposé un couple, et vit aujourd'hui avec une femme qu'il aime et avec laquelle il a fait un petit garçon.
Dans la maison, vit également la grande soeur, fille biologique de la maman mais non de ce père.
Cette jeune personne est une pré-adolescente de douze ans. Et se posent aujourd'hui pour elle les questions de son identité, pré-adolescence oblige.
Le papa qui nous parle est timide, se dit pudique et le groupe est attentif et respectueux.
Il a bourlingué puis un jour s'est "assagi". Voilà que tout devrait aller bien dans cette famille.
Mais la jeune fille est en conflit ouvert avec lui. Aucune règle de la maison n'est respectée, chaque demande est sujette à des provocations, le vocabulaire de la pré-adolescente est irrecevable (inutile ici de reproduire des exemples, je laisse à chacune et chacun le soin de faire fonctionner son imagination).
Je demande à ce monsieur s'il considère cette adolescente comme son enfant. Très ému, il hésite longuement à répondre.
Puis sort la phrase fatidique, celle que nombre de pères -parfois mais plus rarement des mères- entendent de la part de certains enfants :
- Tu n'as rien à me dire. Tu n'es pas mon père.
Afin de laisser à ce papa, fort courageux d'être venu poser son souci devant témoins, je demande à tous :
- Qui est le vrai jardinier ? Celui qui plante la graine et puis un beau matin, va naviguer sur l'océan, ou celui qui découvre une plante, qu'il ne connaît pas, mais dont il prend soin au jour le jour ?
Une famille qui se reconstitue, quelle qu'en soit la raison, offre toujours, notamment au pré-adolescents ou adolescents, le motif de questionner ses parents, ou celui qui l'éduque, sur la déliaison, sur sa filiation aussi.
Le "vrai" parent, est-ce le géniteur qui a disparu ? Est-ce le parent juridique ? Est-ce le parent "social" ? Est-ce le parent qui cimente les liens au quotidien, nourrit, prend soin, aide aux devoirs, joue, rit avec l'enfant qui n'est pas de son sang ?
A la phrase, assassine et en même temps douloureuse de cette jeune fille : - Tu n'es pas mon père, tu n'as rien à me dire... cet homme pensait jusqu'alors que c'était une phrase qui détenait un fond de vérité.
Il reconnaît, terriblement ému, que du coup, jamais il ne s'est autorisé à lui dire : - Je te considère comme ma fille. Je t'aime comme un père. Je te respecte et tu me dois le respect.
Le papa s'aperçoit qu'il n'a jamais dit : - Je t'aime.
Comme s'il n'en avait pas le droit. Parce que lui-même, aussi, n'a pas appris à le dire.
Ils ont donc bien des choses en commun.
Après réflexion, ce papa pense que s'il parvient à dire ces mots, ou à les écrire s'il n'arrive pas à les prononcer, il y a des chances que la pré-adolescente soit apaisée d'avoir trouvé un homme qui non seulement la reconnaît comme son enfant, mais qui s'engage à l'accompagner jusqu'à ce qu'elle devienne adulte.
N'importe quel contrat d'amour implique des devoirs, respectifs, envers l'autre. Mais aussi une sécurité, une promesse de non-abandon lorsqu'il s'agit d'un enfant,
probablement douloureuse d'avoir été "lâchée" par un père biologique.
Dans cette histoire fort touchante, on peut imaginer que la parole de cet homme permettra à la jeune fille, un jour, de côtoyer des garçons de son âge sans les débiter d'un jugement négatif ("tous pareils !").
L'enfant est une personne. Certes. Mais n'est une personne que s'il peut s'appuyer sur l'histoire des parents avec lesquels il vit, pour se construire.
Le père est souvent une pierre de touche, qui fonde les liens des membres d'une famille tout autant que la mère.
Et sur la demande générale, nous convenons de nous retrouver pour poursuivre cet échange sur la place de chacun au sein de la famille.


A mon humble avis d'adulte élevé en famille monoparentale, et dont le père eut une deuxième femme, 'que je n'ai jamais considèré comme ma belle mère", le père (ou la mère) c'est évidemment le géniteur. Et si l'enfant se satisfait du parent de remplacement, c'est à lui de le dire. C'est à lui que revient le droit de le reconnaitre OU NON comme tel. Votre comparaison avec le jardinier est spécieuse. D'ailleurs on sait bien que bien des enfants nés sous "X" n'ont à l'âge adulte qu'une envie, retrouver leur mère "biologique". Ce lien là, n'en déplaise aux adeptes des "nouvelles parentalités", n'est pas qu'une vue de l'esprit. On tente de l'imposer comme telle pour coller aux évolutions sociétales, mais c'est faire peu de cas de la notion de lien. Ce n'est pas parce qu'elle complique le sujet qu'il faut faire comme si elle n'existait pas.
Rédigé par: Mossieur Resse | le 12 avril 2008 à 21:51
Bonjour,
Il ne me semble pas avoir dit qu'une parentalité en remplace une autre. Simplement, dans l'exemple cité, il se trouve que l'enfant ne peut pas toujours parler, dire, choisir. D'ailleurs, l'enfant choisit-il les séparations et autre aléas de l'existence de ses parents ?
Si des enfants nés sous "X" ont, plus grands, l'envie et le besoin de retrouver leur génitrice, d'autres font un autre choix.
En l'occurrence je n'évoquais pas ce cas de figure. Il se trouve que le père biologique de l'enfant fut déchu de ses droits parentaux et choisit de repartir vivre dans son pays d'origine. Mais peu importe.
Peu importe parce que le père que j'ai écouté, a réalisé qu'il n'arrivait pas à dire à cette jeune adolescente : Je t'aime et quant à moi j'ai choisi de t'élever, de t'accompagner à grandir, comme un père le ferait.
Qu'elle le considère comme "son" père est leur histoire à eux.
On peut parler de la recherche éperdue du 'fantôme' qu'on a pas connu, qui a choisi l'abandon, sous 'x'. Mais il s'agit d'une quête, la plupart du temps, de connaître à la fois les raisons de l'acte, et de la recherche du visage de celle (ou celui) qui n'a pas assumé d'être parent. Une fois dans sa vie.
Mais ceci n'est pas un sentiment d'amour. C'est une question sans réponse et dont on va chercher celle-ci.
Dans la situation que j'évoque, le père, qui l'a élevée depuis qu'elle est toute petite, a pu s'exprimer. L'adolescente et lui ont parlé des origines de la première, laquelle ne se souvenait plus de son père, et qu'elle n'a, d'ailleurs, nulle envie de voir. La phrase "tu n'es pas mon père" était pour elle logique compte tenu de leur histoire, comme un autre adolescent, vivant avec ses parents, peut dire : - Je ne vous ai pas choisis.
La question n'est pas d'être "adepte" des nouvelles parentalités, mais à mon sens, de devoir les constater, si tant est qu'on veuille aider ceux qui en souffrent à faire avec cette souffrance, et faire avec les sentiments de colère, d'incompréhension, d'affection, si ambigus fussent-ils, qu'ils éprouvent malgré tout.
Rédigé par: Amelie Gahete | le 16 avril 2008 à 15:20