20 mars 2006

La peur : sans les mots pour le dire

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                                                                   Joshb

Pierre a la varicelle. D'ailleurs ils ont tous la varicelle et puis ceux qui ne l'ont pas l'auront demain. Donc nous parlons varicelle.
Les parents de Pierre lui ont dit de ne pas se gratter, sinon il aura des croûtes et des petits trous. Ils ont raison les parents de Pierre. D'ailleurs, la plupart des parents ont donné le même conseil à leur petit.

Les éducatrices qui ont ici ou là une vieille cicatrice du grattage de varicelle les montrent aux enfants.
Mais voilà que Pierre n'est pas bien. Il pleure et c'est terrible. On regarde à droite à gauche. C'est un pleur de peur. Une éducatrice saisit petit à petit. Une croûte est tombée. Et Pierre tente vainement de la trouver, puis de se la recoller sur la peau. Alors elle parle à Pierre, qui se sentant compris, aquiesce, hoche la tête aux suggestions proposées, pleure éperdument tout d'abord d'angoisse et puis de soulagement.
La peur de Pierre tient à quelque chose qui, avec le vocabulaire qu'il a, ressemble à : - Si je perds les croûtes de ma varicelle, ça va faire des trous. Si ça fait des trous, où est-ce que je vais aller, moi ? Je vais être un grand trou, un grand rien, du vide ?

La peur est un sentiment qui colle à la peau dès le début de la vie. Il va falloir s'y faire. Parce que la vie est un risque à courir.

Plus sérieusement, de quoi nos enfants ont-ils peur ?

Les petits ont peur de la séparation, du vide, de l'abandon. C'est une forme de peur de la mort. On parle d'angoisse de morcellement.
Cette expression un peu complexe bien que je la trouve très imagée peut s'expliquer par un exemple que tout le monde connaît :
Un enfant qui se casse un poignet est plâtré. La plupart des parents peuvent constater que le jour où l'on déplâtrera le bras, l'enfant, parfois, n'utilisera pas ce membre spontanément. Comme s'il l'avait oublié du temps où il était plâtré.

L'on voit chez les petits des jeux qui illustrent très bien ces peurs. Ils cassent, montent et démontent des jeux, et répètent sans cesse le manège, empilant, faisant tomber, réempilant, faisant chuter.

Chez les enfants qui sont un peu plus grands et qui commencent à s'intéresser aux histoires de toilettes, quitter la couche ou pas, être "propre" ou non, cela devient plus délicat.
Beaucoup commencent à tester l'aventure, en balançant dans la cuvette des toilettes un légo. Pour voir. D'autres tirent la chasse à répétition. Certains, quand bien même leur corps est mûr pour ne plus avoir de couches, y tiennent encore parce que la tête ne suit pas.
Cela donne des questions telles que :
- Il va où mon caca ?
Il est arrivé, parfois, que certains enfants se tiennent le ventre, alors qu'ils ont envie d'aller aux toilettes. Ceux qui savent parler disent que peut-être tout va partir.
C'est très bête au fond. Mais pour eux, c'est très important. Peut-être qu'on peut perdre un morceau de soi, du corps.... Qui sait ?

On dit bien : Perdre la tête - Perdre ses dents - Donner la main (il va me la rendre si je la donne ?) -

Les peurs des enfants sont des manières de comprendre le monde, la vie, ou plus exactement d'appréhender sa propre vie et un certain nombre d'inconnues qui la traversent. Peut-être qu'une des premières aides que l'ont peut apporter à l'enfant qui a peur, est de ne pas avoir peur, pour lui, de sa peur, qui est "la sienne".
(à suivre...)

12 mars 2006

Tricher n'est pas jouer

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Vassili a 11 ans. C'est le fils d'une amie. Il m'a téléphoné hier, me demandant mon aide. Il a triché en latin -je n'ai pas demandé comment- et avait une punition à faire : un sujet de réflexion. C'est-à-dire une rédaction sur le sujet de son choix.  Et  Vassili me dit qu'il a choisi comme thème : la tricherie.
Heureusement qu'il ne voit pas mon visage puisque nous sommes au téléphone, parce qu'il me verrait au bord du fou rire.
Je trouve en effet que le choix de faire sa punition sur le motif même pour lequel il l'a obtenue, est un signe d'intelligence, mias mieux encore, de véritable honnêteté.

Il me demande de la lire et de lui dire s'il oublierait quelque chose dans sa réflexion sur le sujet.
En somme, Vassili ne sait pas qu'il me demande de l'aider à comprendre pourquoi il a triché.

Et je le remercie de m'avoir autorisée à publier la première page de sa copie.

Je ne crois pas que Vassili soit destiné à tricher dans sa vie. Je pense qu'aucun adulte ne pourrait dire qu'il n'a jamais triché. Et au fond, il se peut que la tricherie des enfants soit plus ou moins aggravée par l'attitude des adultes qui leur servent de modèles. Certains trichent, sur leur âge, leur caractère, que sais-je..

Les enfants trichent pour des tas de raisons  :
Ils n'ont pas intégré les règles : peu importe le moyen pourvu que la note soit bonne.
Ils ont peur de décevoir : Avoir une mauvaise note peut laisser imaginer que les parents seront mécontents ou pire, déçus. Ou l'enseignant....
Ils sont jaloux d'un copain et veulent le surpasser à n'importe quel prix  : A se venger d'un seul, on trompe tous les autres.
Ils ont envie de goûter au risque : cela est peut-être le fait d'un passage à une autre phase de croissance : soit de la petite enfance à l'enfance, soit de l'enfance à l'adolescence.

La liste des raisons de tricher n'est pas exhaustive. Mais la plupart du temps, l'enfant triche par peur de ne plus savoir ce qu'il sait pourtant, ou par besoin de laisser penser qu'il détient un savoir dont au fond, il sent profondément qu'il ne le maîtrise pas encore.
De celui-là, je dirais qu'il a la tricherie existentielle. Et la plupart du temps, cela s'en vient et puis s'en va.

Qui n'a pas un jour, copié sur le voisin, dans une naïveté si pardonnable que l'adulte peut évidemment repérer que même les fautes d'orthographe ont été copiées. C'est le tricheur par panique.
Il y a aussi, bien sûr, les artistes. Ceux-là repèrent le bon grain de l'ivraie et n'ont plus qu'à rédiger leur devoir en gardant les bonnes réponses sans recopier les défauts pénalisables. Là, on frise la mystification. Ils nous rendent presque service, parce qu'on peut se demander : le faussaire qui parvient à gruger un expert, est-ce ou non un véritable artiste ?

Le tricheur du moment n'est pas forcément mauvais élève. Généralement, celui qui a triché se sent mal, culpabilise, avant, pendant et après. Parce qu'il sent qu'il a grugé une forme de confiance, et qu'il a transgressé une règle implicite. La plupart des enfants qui trichent ne sont pas glorieux d'une bonne note obtenue. Ils éprouvent plutôt un manque.

Il est rare que a tricherie ne soit pas connue des copains et des copines. Et la plupart du temps, un silence complice protège le copieur.
C'est une bonne chose pour deux raisons : la première parce que ce passage est initiatique, l'enfant et ses pairs cimentent le groupe de leur âge. C'est un des éléments qui permettra d'ailleurs au copieur de ne pas réitérer.
La seconde raison pour laquelle le silence complice des autres est une bonne chose tient au fait est que témoin et acteur vont confronter, sans le regard des adultes, leur qualité de fiabilité. Ce qui veut die que la loi sociale et ses règles vont s'exprimer, se réguler entre eux.

Tricher est-ce mentir ?
Oui et non. Mentir, c'est prononcer une parole qui trompe l'autre. Tricher c'est mettre en place un
acte, et non une parole, qui trompe un autre, ou plusieurs, mais qui trahit également soi-même.
Peut-être est-ce pourquoi les parents comme les professionnels doivent faire attention à ne pas exiger de l'enfant qu'il se surpasse sans cesse, et à tenter de comprendre la nature de sa tricherie.