08 février 2006

Quand les mots réparent les maux

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A l'Araignée Gentille, le matin, les parents ont une marge de deux heures pour venir. Le soir, c'est 3 heures. De 10h30 à 15h30, les portes sont fermées pour permettre au train de faire son voyage. Après 10h30 c'est toujours difficile de raccrocher des wagons.. les activités ont commencé depuis deux heures, l'équipe est difficilement disponible pour faire de l'accueil.
Par contre, les parents peuvent téléphoner autant de fois qu'ils le veulent au cours de la journée.Ils peuvent aussi venir causer.

Les entretiens :

Les parents peuvent aussi, quand le besoin s'en fait sentir, venir dans le bureau parler d'une question plus précise ou sensible. Le fait que la direction ait une formation "psy" peut aider....
C'est ainsi que les couples peuvent trouver une solution à un désaccord, plus ou moins profond, ou que des mamans -ou des papas- peuvent exprimer une anxiété.
Une maman appelle le bureau "la salle des pleurs"..
Un papa a dit aussi  : "Le bureau... c'est le lieu des règlements de comptes :  la facture du mois comme les conflits d'adultes".

On peut venir dans le bureau pour boire un thé ou un café tout en se posant la question de savoir si l'enfant est mûr pour entrer à l'école maternelle.. Pour se demander s'il faut insister pour qu'il soit propre parce que la grand-mère fait des remarques aigres douces... pour s'inquiéter sur des crises de colères ou des peurs incompréhensibles, etc...

Le bureau est souvent un espace qui peut permettre au couple de régler un problème de fond, qui, au départ, semblait être un souci concernant leur enfant. La plupart du temps, le souci n'est juste qu'un "râté" dans la communication. Et le fait de le poser sur la table le résoud en grande partie.
La plupart du temps, un parent vient pour tenter de comprendre les raisons pour lesquelles son enfant pique des crises, ou se lève la nuit, ou est en opposition constante etc...
Il arrive, en parlant, qu'on s'aperçoive que l'arbre cache la forêt et que l'enfant n'est qu'un symptôme d'un dysfonctionnement, passager la plupart du temps.

Soit le couple diverge sur la manière d'appréhender l'enfant, sur les règles éducatives, et l'enfant tente alors -surtout entre 2 et 4 ans- de se glisser dans les failles, soit les parents ou l'un des deux, a du mal à poser des limites.

Il arrive également que les signes montrés par l'enfant soient l'expression d'un malaise difficile à évoquer ou même à percevoir dans le couple parental. Cela concerne alors davantage le couple d'adultes et leur relation que l'enfant lui-même.
Mais poser des mots aident souvent à y voir plus clair.
Les entretiens ne sont pas une thérapie. Cela ne veut pas dire que les effets, eux, ne soient pas thérapeutiques.

Souvent l'enfant a un comportement à la maison qui perturbe la relation. Il est invité à venir en parler avec la maman et ou le papa. Il se dit des choses très différentes et souvent constructives lorsqu'il y a un tiers qui fait médiation dans la relation.....

Il y a plusieurs années, L'ASE (Aide Sociale à l'Enfance) nous avait demandé d'accueillir une fratrie de quatre enfants, dans une problématique de maltraitance et d'inceste. L'aînée, malgré la législation, ne pouvant s'intégrer aux règles d'une école primaire en raison d'un comportement difficilement gérable, nous avons eu l'idée de faire appel à une institutrice à temps très partiel. Cela valorisait l'enfant, elle pouvait également apprendre à son rythme à se concentrer, à gérer ses angoisses tout en commençant à acquérir quelques rudiments de lecture, d'écriture.

Un matin, l'assistante sociale et l'éducatrice qui suivaient la famille au domicile sont venues pour faire le point. Quelle ne fut pas leur surprise de voir que nous étions dans le bureau, avec la maman des enfants..en train de jouer aux cartes !
C'est que nous avions appris, en bavardant, que la maman n'avait jamais "joué" : aux cartes, à la poupée. Il était grand temps de commencer.
Ceci ne veut pas dire que le problème fondamental de la maltraitance fut traité.
Mais au moins, et par ce travail,parce que c'en est un, il a été possible, peu à peu, de faire comprendre à la maman, qui un jour a été une petite fille, que ses enfants avaient droit de jouer, que le jeu est une nourriture au même titre que le repas du midi et du soir. Et quelques jouets ont pu, enfin, entrer dans le domicile familial.

04 février 2006

Le doudou : Où va le doudou ?

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Le doudou à l'école

L'école maternelle, comme son nom l'indique, est un passage de vie entre la maison et l'école obligatoire.
Durant deux à quatre ans, l'enfant apprendra, à l'école maternelle, à grandir au milieu de sa génération. Il y apprendra à patienter, se réjouir, partager, à découvrir une foule de choses qui le passionneront.
Et grandir, suivre le rythme, c'est fatigant. Une bonne fatigue, certes, mais une fatigue. Sans le réconfort des parents, des bras, de la voix.

Alors, si, au moment de la sieste, l'enfant peut paisiblement se laisser aller au sommeil sans anxiété, avec un doudou collé au visage, dans le cou ou serré dans une main, il aura l'assurance qu'il peut parfois être encore petit, et cette promesse lui donnera des ailes pour avoir moins peur de devoir grandir.

Un jour, un copain perdra son doudou, un autre le délaissera volontairement et au fil des jours, les uns et les autres n'auront plus besoin de cette chose informe qui sera devenu inutile. Souvent, lorsque l'on ne sait plus bien deviner ce qu'était le doudou à l'origine, c'est l'annonce de la fin de son voyage....

Accepter l'enfant avec son doudou ne fait de tort à personne ni ne fera régresser l'enfant, bien au contraire.
L'école peut très bien expliquer aux enfants que le doudou est là, dans un petit sac ou sous l'oreiller, qu'il le retrouvera à la sieste.

Accepter l'enfant avec son doudou, c'est une manière de ne pas se démentir et de lui montrer que l'école porte bien son nom en se disant... maternelle.

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La tétine

La tétine, le biberon pour certains, sont aussi des doudous.
On peut très bien, en douceur, sans aucune forme d'acharnement, expliquer à l'enfant que s'il parle la tétine en bouche, on ne peut pas communiquer. Tout simplement parce que ses mots sont incompréhensibles. La plupart du temps, on voit alors l'enfant retirer la tétine et se mettre à parler -même s'il reste incompréhensible parce qu'il maîtrise mal le langage. Mais peu peu, il comprend que parler, user de sa langue et de ses lèvres et en faire sortir des sons que les autres comprennent, est une autre forme de plaisir.

C'est ce constant va et vient, ce jeu, qui amènera l'enfant à découvrir un doudou particulier et universel qui le suivra toute sa vie : le langage. Voilà quelque chose que Françoise Dolto avait fort bien expliqué.
Parce que le langage est ce qui nous permet de rester attaché à l'autre -mots d'amour- de s'en détacher -mots d'explication ou de rupture -, de créer des liens, d'être en relation, d'affirmer ses choix et de nommer ses désirs.

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Doudou : durée de vie

Il y a des enfants qui abandonnent leur doudou à la faveur d'un oubli, d'une perte, d'un événement -déménagement, changement d'endroit, par exemple un lieu de vacances- au bout de deux à trois ans, et ce très spontanément.

D'autres tiennent à leur doudou comme à un bijou de famille -c'en est un si l'on y réfléchit bien puisqu'il provient des parents- et le dissimulent dans leur sac de voyage lors du départ en première classe de découverte. Certains ne veulent pas partir en classe verte avec les copains et finissent par avouer après mille prétextes plus extravagants les uns que les autres qu'ils craignent les moqueries au cas où les copains, la maîtresse, découvriraient l'objet. Et puis ils s'aperçoivent qu'un certain nombre, même à 7, 8 ou 9 ans, tiennent encore, comme eux, à s'endormir avec un bout de chiffon ou un poupon.

D'autres, des adolescents ou des adultes, ont encore un nounours, un mouchoir, soit visiblement exposé soit pudiquement dissimulé dans un coin de la table de nuit.
Il peut y avoir des tas de raisons pour lesquelles un doudou a une durée de vie plus longue qu'un autre. Et si sa fonction est celle d'une réparation affective... pourquoi pas...

Histoires de doudou :

Une couverture de 60 cm sur 1,20 m que l'enfant traînait chaque matin à la crèche. Trois ans plus tard, la petite fille est entrée à l'école maternelle avec un morceau équivalent à une écharpe, la couverture s'étant usée d'elle-même au fil du temps. Et c'était moins voyant.

Un tee-shirt, non lavé, portant l'odeur de la maman. Lavé tout de même de temps en temps grâce à ces ruses que seuls les parents savent inventer, et le doudou a fini par ressembler au bout de 2 ans à une sorte de charpie grisâtre mais incroyablement douce.

Une tétine oubliée chez les grands-parents un dimanche. Arrêt en pharmacie sur la route : sauf que l'objet n'avait pas la même forme et les lèvres, les dents, le palais de l'enfant ne s'y laissaient pas tromper. Le papa a pris la voiture et visité tout un quartier de paris en pleine nuit pour trouver une pharmacie de garde qui avait "la" tétine, la siamoise, la même.

Une taie d'oreiller de la maternité, qui accompagnera l'enfant durant quatre ans pour finir dans le caniveau, un soir d'hiver plein de colère, parce que sa maman ne voulait pas qu'il descende de la poussette pour traverser la rue tout seul . L'enfant n'a plus jamais réclamé le doudou et quelques jours plus tard, après une sorte de médiation à trois, l'enfant a appris à traverser la rue.

Des parents "pour" le doudou mais "contre" la tétine. Mais leur fille est admise en réanimation à l'âge de 2 mois, y restera 2 mois, puis une fois à la maison, sera malade de ci, de là, durant plusieurs années. En réanimation, pour des raisons techniques -nécesssité de la faire saliver en raison des sondes- un médecin lui donnera une tétine. Cette petite fille a gardé sa tétine jusqu'à l'âge de 7 ans, nullement gênée de l'utiliser quand bon lui semblait, même sous les regards narquois, ahuris ou très critiques de certains adultes. En primaire, elle allait en classe, faisait sa vie d'écolière et le soir elle récupérait l'objet et s'endormait avec, indifférente aux moqueries des copines. A 8 ans, elle l'a rangée sur une étagère. La tétine y est encore et la petite fille en a 18. Elle est capable de prendre une tétine dans sa bouche et de lui faire faire un tour de 360° avec la langue sous le regard ébahi des propriétaires de tétines qui tentent de réaliser cette prouesse. Elle a longtemps appelé sa tétine "mon doudou de survie".

Il n'y a pas de mal à se faire du bien lorsque cela ne fait de mal à personne.      

                                                                                     

03 février 2006

Le doudou : d'où vient le doudou ? A qui est ce doudou ?

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"Toi ma p'tite folie, toi ma p'tite folie, mon p'tit grain de fantaisie"

Le doudou est un objet, un bout de tissu ou une partie du corps, qui permet à l'enfant de se consoler et se rassurer de l'absence ou de la séparation d'avec ses parents -de la maman pour les tout petits-.

Cela peut être également un chant, un mot, une voix. On parle d'objet transitionnel, ce qui veut dire que cette "chose" qui va rassurer l'enfant fait partie de ce qui l'entoure, n'est pas lui, ou il n'en sait rien encore, mais pour le tout petit, la distinction n'est pas encore réalisée. Ce "doudou" est donc une manière, aussi, de faire la transition entre l'enfant et le monde.

  "Donner c'est donner, reprendre c'est voler"
"Il a 2 ans, il va entrer à l'école maternelle, comment faire pour qu'il abandonne son doudou ?"

C'est "son" doudou. Un jour, vous lui avez donné un objet de substitution à votre présence. Pourquoi voudriez-vous lui retirer s'il n'est pas prêt à vivre sans et s'il manifeste encore parfois le besoin de se réconforter avec ?
En le lui donnant, vous vouliez l'aider et lui permettre de se rassurer lorsqu'il en ressentirait la nécessité.
Et cet acte bienveillant et protecteur, vous vous apprêtez à revenir dessus, en lui reprenant son doudou, au risque de provoquer l'anxiété que vous aviez tant voulu lui épargner ?

"Oui mais il a grandi depuis"

Vous avez raison. Il a grandi. Mais s'il a encore besoin de son doudou, c'est qu'il n'a pas grandi suffisamment. C'est que, peut-être, il a encore le droit d'être un grand "petit"...


"Je ne veux pas qu'il ait un doudou. Cela lui évitera d'être dépendant. En plus, si on le perd, ce sera une catastrophe".

Il n'y a aucune obligation à fournir un doudou à nos enfants. Simplement, un morceau de tissu qui porte l'odeur d'un corps familier, par exemple, rassure l'enfant lors de moment délicats à traverser : sommeil, changement de lieu, absence ou séparation, maladie, chagrin..
Certains parents veulent un matin que l'enfant quitte le doudou comme si cela l'empêchait de grandir. A moins qu'ils soient pressés, sans penser à mal, que cet enfant cesse un matin, d'être "petit".
Le fait d'avoir un doudou ne rend pas dépendant, le fait de ne pas en avoir alors qu'il serait si apaisant de le rendre possible peut, parfois, rendre la vie bien plus difficile à l'enfant.


"Il n'a jamais voulu de doudou. Est-ce bizarre ? Mais il suce son pouce"

Et bien voilà. En quelque sorte, il a trouvé un doudou naturel, et toujours à portée... de main.
Le pouce, une oreille, les cheveux, le bout du nez, un doigt frotté contre un autre, ou bien un vieux tee-shirt, un morceau de drap, une couverture, un foulard, une tétine...
Selon les coutumes familiales, selon les occasions imprévues de la vie et la sensibilité du petit, les "doudous" s'inventent. Mais chaque doudou permet à l'enfant de s'auto-materner.

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Le doudou sert à supporter l'absence.

02 février 2006

Les règles sociales : famille, grands-parents, nounou, la lune, la terre

                                  Bilal1ameliegahete

Dans la maison, avec les parents, des règles sont établies, et puis selon l'affectif, la tension, l'intimité de la connaissance de l'autre, ces règles s'assouplissent ou se durcissent. Selon..
Chez les grands-parents, selon leur histoire, leur relation avec leurs propres enfants, leur caractère, la tolérance sera plus ou moins grande.
Il arrive fréquemment que l'on voit l'enfant tenter de réaliser un acte interdit ici parce qu'il est permis ailleurs, ou inversement. De quoi s'y perdre...

"Mais depuis quand on se sert tout seul dans le réfrigérateur?"
"Mamie, elle, elle veut bien"

C'est également une formidable occasion pour l'enfant d'appréhender la vie que de le laisser se confronter aux différents réglements et modes de vie.
Il peut et doit apprendre que, par exemple, chez ses parents il n'est pas permis de sauter sur la table basse du salon, mais que chez sa mamie cela lui est autorisé.

Aucun des deux n'a tort ou raison, chacun a simplement des habitudes et des tolérances particulières.
Toutes proportions raisonnables gardées, l'enfant doit savoir, par ses parents eux-mêmes, que nous sommes tous assujettis à des règles que nous ne pouvons pas contourner.

Les parents ont des règles à respecter dans l'entreprise, pour conduire une voiture il est obligatoire d'avoir un permis, on ne peut pas prendre un article dans un magasin si on ne l'achète pas, en Angleterre on roule à gauche alors qu'en France on roule à droite.
Des exemples compréhensibles peuvent informer l'enfant que petits et grands ont des devoirs ou des contraintes.
Un habitant de la cité digne de ce nom ne peut pas faire ce qui lui plaît et quand il cela lui convient.

Fais pas ci.. Fais pas ça...   (cause toujours)

                                      Attention

"Il est interdit de grimper sur les barrières"
"Oui mais moi je le fais, avec mon père"

Ici la question est un peu plus délicate. Mais à la crèche ou l'école, c'est la règle du professionnel qui prévaut. Pour plusieurs raisons : Ce sont des espaces qui signent la première séparation avec la vie en famille. Ce sont évidemment des lieux de conivialité, mais qui ont des règles qui ne sont pas celles de la maison, parce qu'il s'agit de faire vivre ensemble et en sécurité un grand nombre d'enfants, tout en leur communiquant un savoir et l'envie d'apprendre.

"Sa mamie, ma belle-mère, n'a pas du tout les mêmes règles éducatives que moi"


Soit les points d'opposition sont si opposés que vous pouvez essayer d'en parler ensemble, entre adultes, soit vous acceptez que votre enfant jouisse chez sa mamie de privilèges que vous ne lui accordez pas sous votre toit si ceux-ci ne viennent pas de manière grave contredire ou entraver le développement de votre enfant.

L'enfant, si on le lui explique clairement, peut très bien comprendre la différence de mode de vie ou d'éducation, de même qu'il peut très bien s'adapter à un lieu dont les lois diffèrent sensiblement d'un autre lieu de vie.

La jalousie : ma préférence à moi

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La jalousie a mille visages... Comme elle suscite la honte ou la culpabilité, on tente de la dissimuler, qu'on soit petit ou grand.
Je ne parle pas ici de la jalousie pathologique, celle qui provoque des drames pour les faits divers.

"J'ai plus de difficulté relationnelle avec l'aînée qu'avec la seconde. Je me demande si cela vient du fait que j'en préfère une..."

Laquelle ?  Parfois, les parents ont des difficultés ou des accrochages avec l'enfant qui leur rappelle le plus eux-mêmes...
Parfois, les enfants ont un écart d'âge si rapproché que le parent a, très humainement, comme "oublié" que le plus grand était encore.... petit.

"Il y en a que pour elle"
"Suffit qu'il pleure pour que vous lui cédiez"


On n'aime pas nos enfants de la même manière. Tout simplement parce qu'aucun n'est semblable à l'autre.

On ne les aime pas de la même manière parce que nous-mêmes, les parents, sommes différents avec chacun de nos enfants.

Lorsque par exemple, nous avons eu le premier, nous avions une maturité, une ignorance, des peurs, et quand est arrivé le second puis le troisième, nous avions entre temps évolué, grandi, changé.

Certains parents ont alors peur d'éprouver une "préférence", et des enfants eux-mêmes, y compris à l'adolescence, clament haut et fort qu'il y a une préférence dont ils sont évidemment victimes.


"Mon aînée a toujours été jalouse de ses frères et soeurs"
"On dit que le second enfant a une mauvaise place. Chez nous en tout cas, c'est vrai".


Lorsqu'on parle avec les enfants, pré-adolescents, adolescents ou jeunes adultes, souvent le "second" des familles dit que l'aîné a eu le privilège d'avoir ses parents pour lui tout seul avant que lui n'arrive.

L'aîné, quant à lui,  pense que depuis que les autres sont arrivés, il n'a jamais eu d'autre droit et devoir que ceux d'être sage, grand, raisonnable et compréhensif.

Et les "derniers" prétendent souvent que les frères et soeurs plus grands prennent une place énorme et monopolisent les parents.
A se demander s'il y a une place meilleure qu'une autre.....


"Quand on a fêté l'anniversaire de notre fille, pour qu'il n'y ait pas de jaloux, on a offert un petit cadeau aux deux autres".

Ce qui est peut-être dommage, c'est de vouloir ménager les sensibilités, au détriment de celui dont on fête l'existence, ce jour-là.

A juste titre, le fêté n'a pas ressenti cet anniversaire comme le sien. Et probablement que les autres n'ont au fond, pas ressenti les "petits cadeaux" comme de vrais présents, mais plutôt comme une manière d'acheter leur apaisement.. temporaire.

Fêter l'anniversaire de l'aîné, ce serait le reconnaître comme particulier dans la maison. Et chacun aura à son tour, ce privilège, au moment de la date anniversaire de sa naissance.

Si chaque fois que l'on partage un instant privilégié avec l'un de nos enfants, l'on donne à l'autre, en compensation, une autorisation extra-ordinaire, ou un cadeau supplémentaire, on risque d'alimenter la jalousie, alors qu'on pensait l'apaiser.

Parce que chacun des enfants aura à la fois le sentiment, précisément, de n'être pas "unique" à nos yeux, ou pourra penser que l'adulte ne cesse de vouloir "réparer" le fait qu'il aime tel ou tel enfant.
Quant à celui qui est jaloux, il pourra alors penser qu'il a raison de l'être, puisqu'en quelque sorte, on essaie de l'amadouer.

On pourrait dessiner la jalousie comme un triangle : le jaloux, qui craint d'être dépossédé d'un amour. Le jalousé, qui est suspecté de prendre l'attention et l'amour d'un troisième, et ce troisième, qui est au centre et au milieu des deux, et qui ne devient plus quelqu'un qu'on aime mais une sorte d'objet pour lequel on se dispute et qui n'existe plus vraiment.

01 février 2006

La jalousie : droit de propriété

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                                                 Dis-moi qui est la plus belle

Les camions verts et le camion rouge :

Il y a des camions verts dans la salle. Un seul camion rouge. La majorité des enfants voudront le rouge. Maintenant, prenons un enfant qui est sur le camion rouge, heureux et fier de l'être. Un autre arrive et le harcèle. Souvent, et alors qu'arrive le moment de pouvoir, enfin, obtenir le camion rouge tant convoité, l'enfant se détourne ou y joue... à peine.
C'est que le camion rouge n'a guère d'importance. Ce qui était tellement convoité, ce n'était pas l'objet, le jouet, c'était le plaisir vu dans les yeux de l'enfant qui le conduisait avec bonheur. L'enfant cherchait, était jaloux de ce bonheur-là, comme si le camion rouge pouvait le lui donner.


Des lieux comme les haltes-garderies, les crèches, les accueils d'assistance maternelle, l'école, peuvent apprendre aux enfants à négocier leur jalousie, en faisant du sentiment de rivalité une ressource : des alliances de compétences, des échanges de qualités, de dons.

"Moi j'ai tendance à dire mes enfants que c'est vraiment nul d'être jaloux"
C'est vrai que la jalousie est un sentiment coloré de négatif. Sauf que blâmer le jaloux, c'est aggraver en lui l'impression de ne pas valoir grand chose aux yeux du parent qui lui dit qu'être jaloux c'est moche. Surtout que l'enfant jaloux est déjà très malheureux et n'a pas une grande estime de lui.

"Chez nous, jamais je n'ai eu l'impression que mes enfants développaient une jalousie les uns envers les autres".
C'est possible... Il y a des modes de vivre et de parler en famille qui interdisent, aussi, de dire certains sentiments.
Un enfant dont le frère ou la soeur est malade, fera probablement des efforts de sagesse démesurés pour endormir sa jalousie, par culpabilité, par solidarité pour celui qui est en relative faiblesse.
La plupart du temps, il se fabrique très vite dans la maison une atmosphère, une sorte d'alchimie, qui apaise tous les conflits et les plaintes. Comme si le sentiment d'amour l'emportait sur la jalousie.
De manière moins dramatique, la jalousie peut parfois se gommer, devant les parents. Mais elle se développera, très normalement, entre frères et soeurs, dans la chambre ou la rue ou la cour de récré, une fois les parents hors de vue.
"Si t'es copine avec elle, je te cause plus"
Entre 2 ans et 5 ans, les enfants traversent une phase de croissance qui provoque des scènes dont le but semble être de séparer le couple parental. "Je me marierai avec maman"... "Papa t'es nul".... "Papa c'est le plus fort".... "Maman tu n'as pas le droit de conduire la voiture".
Sans parler des tentatives de séduction pour s'attirer l'amour exclusif de l'un des deux (dont la scène consistant à vouloir dormir dans le lit des parents fait partie).

C'est un peu difficile pour un enfant de comprendre profondément que l'amour des parents ne se partage pas. Il se multiplie.
En même temps, être jaloux peut être positif. Un enfant de deux-trois ans, qui voit arriver un bébé dans la maison, à un âge où il a besoin et envie de se détacher du giron pour vivre sa vie d'enfant, peut apprendre grâce à cet événement à ne pas exiger que la relation d'amour soit exclusive. Les grands apprennent à partager et les petits sont stimulés par les grands.

31 janvier 2006

La jalousie : peur de l'abandon

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La jalousie est un sentiment qui n'est pas réservé au monde de l'enfance. Il nout suit toute la vie. Nous sommes plus ou moins jaloux, selon notre histoire familiale ou la manière dont nous nous sommes construits.

Les adultes peuvent être jaloux de ce que le partenaire peut faire sans elle ou lui, ou de leurs frères et soeurs dans le cadre d'un héritage, ou d'un collègue de travail, voire dans une relation entre amie(s).... Ce n'est pas l'apanage de l'enfance.

"Touche pas à MA meuf" - "Pourquoi as-tu bavardé si longtemps avec cette femme, là.. la grande blonde, lors de la soirée chez les Durand ?"

La jalousie est un sentiment qui fait souffrir celui qui l'éprouve et ceux qui le subissent.

Etre jaloux c'est avoir du mal à accepter le partage, ou bien c'est craindre l'abandon. C'est un manque de confiance en soi et en l'autre, mêlé d'une envie irraisonnable d'être le ou la seule à être aimé par quelqu'un.

C'est souvent une manière de vouloir faire en sorte que l'autre nous appartienne, même si nous n'en avons pas conscience.

Avoir un sentiment d'amour entraîne une sensation d'appartenance. D'ailleurs, nous disons : "Mon" enfant - "Mon" ami - "Ma" femme.  Mais autant ce sentiment d'appartenir à.. et la sensation d'appartenance est un signe, une preuve de l'attachement, autant il devient excessif s'il se transforme en possessivité.

La jalousie, c'est lorsque ce sentiment d'appartenance devient une tyrannie, l'occasion de harceler l'autre, que ce soit un enfant ou un adulte.

Au fond, pour un adulte, fouiller dans l'agenda ou la mémoire du téléphone du compagnon ou de la compagne n'est guère différent de l'attitude qui consiste, de la part d'un enfant, à arracher le jouet de la main de l'autre, à voler un objet qu'on convoite et qui appartient à une copine, ou à balancer en douce un coup de pied au bébé qui est dans le transat pendant que les parents ont le dos tourné.

"Il nous sépare quand mon mari me prend dans ses bras"
"Elle vient d'avoir un petit frère, elle en est folle.. au point que ses baisers se finissent parfois par des morsures"
"Ma femme est rentrée de la maternité, notre fille aînée veut qu'on rende le bébé, elle se met à régresser, demande des biberons alors qu'elle n'en prenait plus".

C'est une sensation fréquente, pour l'aîné, d'avoir l'impression qu'un rival est entré dans la maison. Et cette intrusion va provoquer l'idée, justifiée ou non, que les parents sont moins disponibles à l'âiné, qui va éprouver de la frustration, de la crainte sans doute, et de l'agressivité.

Après l'agressivité, l'enfant se sentira coupable, mauvais, et la famille va entamer un parcours difficile pour gérer cette jalousie.
Parce que pour l'enfant, c'est très compliqué de passer de l'exclusivité de la mère et du père à un partage d'affection avec un autre enfant.

On peut aider le jaloux en le valorisant sans nuire au tout petit : - Ton frère ne sait pas marcher ni parler, il a sans cesse besoin de nous. Toi, tu sais déjà beaucoup de choses, tu peux aller à la piscine avec ton père, monter sur un toboggan. C'est bien plus intéressant.

30 janvier 2006

Les colères dans les magasins

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                                                             Inconnu

Nous connaissons peu de parents qui n'aient traversé cette épreuve, consistant à pousser un caddie ou à passer en caisse, en ayant le sentiment d'être suivis par une sorte de maëlstrom hurleur, trépignant et hystérique, à qui nous venions de refuser une boîte de smarties.

Nous avons aussi le souvenir d'être investis d'une masse de sentiments fort divers et dérangeants  : honte, colère, énervement, peur des regards soit courroucés (mais quel sale gamin, il se croit où ?), soit jugeants (la mère est dépassée, il y en a vraiment qui ne savent pas s'y prendre), soit goguenards (tiens... voyons voir comment la maman va conclure cette guérilla).

Même dans une école, même dans une crèche, les professionnels ont toujours et régulièrement du mal à rester eux-mêmes sous le regard des autres. Aucun parent n'y échappe. Parce que nous tenons à préserver et à donner une bonne image de nous, et de notre progéniture.

Dès lors que vous n'aviez nullement décidé d'acheter une boîte de smarties, et au lieu de vous laisser noyer dans l'idée que les autres, le magasin, la terre entière, va porter un jugement sur votre bonne ou mauvaise qualité de parent, essayez de songer à votre enfant et vous.
Que plus rien n'existe d'autre que lui et vous dans ce magasin. Pour lui signifier, le plus calmement possible, quelle est votre décision, et que vous n'en changerez pas.

Parce que la plupart du temps, l'enfant est pris autant dans sa frustration de ne pas avoir ce qui tout d'un coup, devenait l'objet de son désir, que dans le manège infernal -bruit, regards, pléthore d'objets, d'articles- et il sent confusément que vous n'êtes plus vous-même, sous les yeux de cette foule, autour, qui  guette votre réaction, vous mettant l'un et l'autre sous une tension qui vous fait oublier la relation.
                              

29 janvier 2006

La nuit ça déménage

                                              Dodo_fin_bon

"Il ne veut pas dormir tout seul et trouve injuste que les parents dorment à deux dans un lit"
"Elle se relève la nuit pour venir se glisser entre nous"
"Il hurle pour aller se coucher et dit qu'il a peur, ou soif, ou encore faim"
"Il y a un loup qui squatte notre appartement depuis 15 jours et qui sort dès qu'il fait noir"

"Mais je suis seule, sans compagnon, et elle est capable de hurler des heures si je ne cède pas".

L'enfant n'est pas un compagnon ou une compagne de substitution. D'ailleurs, le jour où le parent "célibataire" trouvera un compagnon ou une compagne, l'enfant se verra alors, de manière qui lui est incompréhensible, rejeté dans sa chambre.

"J'ai eu des ennuis avec les voisins qui se sont plaints".
Là encore, le jugement des autres fait pression pour que nous cédions aux pleurs de l'enfant. Ce sont les adultes, y compris les voisins, qui doivent se souvenir ou comprendre que l'enfant traverse un passage obligé, comme 99% des enfants.
L'aider à grandir c'est accepter une crise durant plusieurs jours. Cette période decrise passera bien plus vite si les parents ne cèdent pas.

"Je ne suis pas d'accord pour que notre fils vienne la nuit se coucher dans notre lit, mais ma femme.. c'est elle qui craque. Parfois même, elle s'endort par terre, à côté de notre enfant".

"Mon mari, lui, il dort. Alors évidemment, je me lève, je recouche notre fils, je me relève etc... Au bout d'un moment, je n'en peux plus. Je le laisse s'endormir avec nous"

Nous parlons d'enfants de maternelle ici. Sachant que vers deux ans, deux ans et demi, l'enfant, pour des raisons que nous pourrons expliquer ultérieurement, se met à développer des craintes, réelles je le rappelle, notamment le soir et la nuit, le conduisant à vouloir retrouver la protection auprès du corps des parents, de la mère en général.

Là aussi, il est important que le couple soit cohérent devant l'enfant. Et que celui-ci n'ait pas l'impression qu'il peut faire céder "l'un" même si l'autre est en désaccord.
Souvent, c'est le papa qui est le plus efficace. Et au fond, c'est positif, parce que le rôle du père est de séparer l'enfant de sa mère.

Plus essentiellement, nos enfants traversent une période durant ces âges, où la notion d'être "unique" et "seul", affleure à leur conscience par mille détails, qui les font en effet, éprouver certaines anxiétés.
Et maintenir pour eux le fait qu'ils doivent apprendre à s'endormir dans leur lit, (chacun le sien), est la meilleure manière de ne pas les trahir en ne leur cachant pas qu'en effet, nous sommes "uniques" et d'une certaine façon "seuls" à affronter notre vie.
Rien n'empêche de négocier une porte laissée semi-ouverte, une veilleuse, et surtout, d'accompagner l'enfant vers le sommeil par une histoire, une chanson, un câlin, pour terminer par un : "Je t'aime. A demain".

28 janvier 2006

L'autorité dans le couple

                                            Lecouple

Les parents, dans le cadre de la maison, de la vie en famille, pensent savoir ce qui est bon pour leur enfant, et heureusement, la plupart du temps ils ont raison. Parfois, la perception du père ou de la mère n'est pas la même. La discussion s'engage, voire la dispute.
Quand ils ont des doutes qui persistent et s'installent sur ce savoir, des lieux comme les points-parents, les groupes de paroles, peuvent les aider à y voir plus clair.

Que les parents vivent ensemble ou séparément, l'enfant a besoin de ne pas se trouver en conflit de loyauté.

Le conflit de loyauté, c'est, pour l'enfant, être pris comme une tranche de jambon entre deux morceaux de pain, ne pas savoir pour qui prendre parti, ne pas savoir quoi dire ou faire pour satisfaire l'un des parents, de crainte que l'autre -mère ou père- soit déçu ou triste.
Ce sentiment est douloureux pour un enfant. Qu'il soit petit ou grand.
Par ailleurs, il est bon qu'il soit innocenté d'un choix possible ou d'une envie de manipulation inconsciente.

Exemple : l'enfant réclame à celui dont il sent que la réponse sera "oui", sachant que l'autre parent lui opposerait un refus.

"Je lui avais dit "non" pour manger du chocolat puisque l'on va diner dans 20 minutes"
"Oui, mais il a faim. C'est pas bien grave !"

Si les parents affirment face à l'enfant une cohérence, leur enfant aura au moins le sentiment que l'existence n'est pas un sable mouvant.
Si la cohérence du couple dissimule une absence de cohésion ("je ne suis pas d'accord pour que tu le laisses décider de changer de chaîne comme s'il était LOUIS XIV"), il est préférable d'en parler entre adultes et en aparté.